BRNS: "Jouer devant 15 personnes, ça t'aide à garder la tête froide" (ENTRETIEN)

Entretien Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

"Tu te rends compte ? Un journaliste a déjà écrit qu'on faisait de l'électro" lance Diego Leyder à deux doigts de s'étouffer avec le potage qu'il est entrain de terminer. "Tu peux dire qu'on fait de la pop, du rock ou même du post-rock, mais pas de l'électro ou de la Dance Music uniquement parce qu'on utilise des synthés" s'offusque à moitié le guitariste de BRNS. Sept ans après ses débuts fracassants en 2010, le quatuor bruxellois reste décidément inclassable. Les envolées pop complexes et aériennes de l'album "Patine" (2014) ont succédé aux bidouillages explosifs de "Mexico" (sur l'EP "Wounded" 2012) et voilà que les comparses sortent vendredi - "Sugar High!" - deuxième album qu'ils ont voulu moins sombre, plus rentre-dedans et sans doute moins conceptuel que les précédents. Rencontre colorée au Botanique où les musiciens peaufinent leur show avant de reprendre la route.

Votre communiqué de presse part dans tous les sens, vos derniers clips sont délirants. Vous avez décidé de vous lâcher et de le montrer ?

Antoine Meersseman (Claviers, basse, choeurs): On n'a jamais vraiment été des bad boys. Tim et moi sommes nés à Uccle et Diego y était à l'école, alors on ne va pas s'inventer une "street credibility" comme ça (rires). Mais on essaye de cultiver un décalage entre le côté très sombre de notre musique et une manière de communiquer un peu débile. Les trucs trop premier degré ça nous emmerde tous. Ce n'est pas parce qu'on fait de la musique sérieuse que nous devons forcément être sinistres à côté (rires bis).

Diego Leyder (guitare, chœurs): Ce contraste se voyait peut-être davantage avec notre premier album qui était plus plombé, un peu monolithique. Celui-ci est plus lumineux, aéré, plus fantaisiste et il colle peut-être plus à notre côté plus fun.

© Didier Bauweraerts

C'est pour cette raison que nous avons droit à un gros plan sur une zigounette en pleine éjaculation à la fin du clip de "Pious Platitudes" ?

Timothée Philippe (Chant, batterie): Ca c'est le délire du réalisateur Julien Campione à qui on a laissé carte blanche. On lui a donné notre morceau et il y a ajouté sa vision originale. C'est intéressant, très second degré, mais on a eu plein de réactions contrastées par rapport à ce clip (…) Je tiens à préciser, puisque vous me le demandez, que la rumeur selon laquelle il s'agit de mon membre personnel est fausse. J'étais moi-même un peu choqué sur ce tournage qui a vraiment été difficile.

Diego (à la rescousse): On a utilisé des pailles en plastique pour cocktails, auxquelles on a attaché un faux sexe. Et en plus, si tu regardes bien, tu constateras par toi-même que c'est vraiment une toute petite bite (rires).

Antoine: La question n'est pas de savoir pourquoi faire ça, mais "pourquoi pas?" Il y a une grosse tendance au politiquement correct. Le plan de l'éjaculation, ce n'était pas aussi trash que cela! Le cinéma regorge de coins sombres avec des trucs bien pires. Il y a énormément de références à des classiques "Eraserhead" ou "Tetsuo" dans nos clips. On était un peu déçus de la réaction des médias, beaucoup d'entre eux ont refusé de présenter le clip à leurs lecteurs et on a vraiment trouvé ça dommage.


Ce nouvel album sonne plus rock, il semble plus abordable aussi. Vous l'avez conçu comme tel ?

Antoine: On ne s'est pas dit "Il y en a marre de faire des trucs torturés", mais c'est vrai qu'on avait déjà bien tapé sur ce clou-là sur nos deux disques précédents. On avait juste envie de faire d'autres choses, d'où ce côté plus rentre-dedans. Beaucoup de nos précédents morceaux étaient plus lents, plus atmosphériques, ils mettaient beaucoup de temps à démarrer. Les compositions de "Sugar High!" sont beaucoup plus ciselées. On lance davantage de poignards sur les gens. L'album est nettement plus dynamique, aussi, avec des alternances de périodes calmes et d'explosions.

Diego: Sur les précédents disques, les squelettes de morceaux venaient tous de Tim et Antoine, c'est un tandem qui fonctionnait assez bien. Dès qu'il y avait 1m30 ou 2min de musique, cette structure était remise sur la table et on continuait le morceau tous ensemble. Cette fois-ci on a ouvert le processus à tout le monde dès le début. Du coup c'est plus disparate, chacun a apporté ses idées. César (Laloux, qui a quitté le groupe, remplacé depuis par Lucie Marsaud, Ndlr) a encore participé à l'écriture, à l'enregistrement, au mixage et a même joué sur certaines dates de concerts.


Vous avez tout de suite voulu miser sur des concerts à l'étranger, une carrière internationale… Ca a fonctionné ?

Tim: Oui nous sommes très vite partis à l'international. Et on a rapidement atteint notre objectif puisque la première salle dans laquelle nous avons joué en dehors de la Belgique s'appelait littéralement "l'international" (rires).

Antoine: Disons que nous n'avions pas envie de sillonner les routes wallonnes pendant deux ans avec le même disque. On voulait sortir, jouer ailleurs et en assumer les conséquences. Pour moi, ça a clairement payé. D'abord parce qu'il est très sain de tourner dans d'autres zones. Quand tu joues de temps en temps devant 15 personnes dans une petite salle universitaire en Allemagne, comme jeudi dernier, tu gardes la tête froide. Le lendemain on jouait devant beaucoup de monde en première partie de "The Districts", et cette tournée en dents de scie a son importance car tu ne fais pas forcément le même concert devant 10 et 2000 personnes. Quand il n'y a personne, tu vas au front car tu sais que si tu n'envoies pas assez il y en a un qui va partir et tu vas devoir le regarder pendant plusieurs minutes entrain de traverser la salle vide.


Comment êtes-vous perçus à l'étranger ?

Antoine: L'Angleterre est le pays le plus compliqué, ils n'ont pas du tout envie d'aller voir un groupe belge. Par contre on a fait des concerts à Bratislava ou en Lituanie, des villes et des pays où tu sens vraiment l'Europe à deux vitesses et où le simple fait de voir un groupe occidental de taille moyenne est un événement. Ils ont les géants du genre Coldplay mais pas beaucoup de groupes comme le nôtre. Du coup, on est super bien accueillis, les gens ont une certaine fraîcheur, ils regardent ça avec des yeux de merlan frit et ils disent "wouaw c'est beau, c'est nouveau!"

Gros avantage pour vous, vous fonctionnez plutôt bien en Flandre…

Tim: Oui, ça marche bien, mais on a décidé d'avoir stratégie identique à celle du premier disque et de jouer dans de petits clubs. C'est là que tu rencontres vraiment "le Flamand". Un spectateur sage mais super attentif et respectueux de la musique anglo-saxonne.

Antoine: Il y a moins de pression en Flandre car les gens nourrissent moins de grosses attentes. Du coup, quand tu reviens avec quelque chose de très différent, c'est plus décomplexé. Je me sens plus confiant de retourner jouer en Flandre - où les gens seront peut-être plus enthousiastes - qu'en Wallonie où le public reste davantage sur ses gardes. Il y a quelque chose d'assez bâtard à Bruxelles et en Wallonie, les gens ne sont pas du tout fiers de leurs groupes. T'as l'impression que tu suscites un engouement et les gens vont prendre un malin plaisir à t'attendre au tournant et à dire "ah non mais en fait, c'était surfait". En Flandre c'est tout l'inverse.


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