BRNS ou la fuite des cerveaux

Nicolas Capart Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

Quatre membres, quatre consonnes, beaucoup d’envie et des compos qui sonnent Qu’ils le veulent ou non, les gars de BRNS sont en passe de devenir le meilleur espoir du rock noir-jaune-rouge au-delà des frontières si étroites du Royaume de Belgique - "même si nous étions Américains dans le dossier de presse des Nuits Bota". Alors que leur second EP - "Wounded" - est dans les starting-blocks et que les Bruxellois parcourent les salles de concerts depuis fin mars, les incontournables Inrockuptibles épinglaient récemment le groupe comme une valeur qui monte à suivre dans les prochains mois. Une sélection internationale pointue où deux formations US, une artiste anglaise et un trio français - forcément - côtoyaient nos compatriotes, alors armés de seuls trois petits titres. Il n’en fallait pas plus pour susciter fierté et réveiller notre chauvinisme latent. Déjà convaincus par les premiers travaux de la bande et quelques sorties sur les planches (Atelier 210, Beursschouwburg, AB/Bota), nous avons pu éprouver le second chapitre de sa discographie en privilégié. BRNS y poursuit sa quête d’expérimentations mélodiques et y affine en sept tours de pistes sa pop extatique et mutante. A la fois obscure, lumineuse, complexe et évidente.

Quelle fut la genèse du groupe ?

Timothée Philippe : le groupe est né en janvier 2010, dans la cave de mes parents à Uccle. Avant cela, on a joué dans d’autres formations peu respectables, dont nous tairons le nom (Duplex ?, NdlR). Antoine et moi, lâchés par tous nos potes, avions décidé de commencer à faire du son à deux. Il y avait pas mal d’objets insolites dans la maison familiale qui nous ont inspirés et qu’on a utilisés : un petit Casio pour enfant, toutes sortes de clochettes, des xylophones

Antoine Meersseman : On ne jouait pas live à l’époque, les morceaux qu’on a enregistrés ne le furent que six mois plus tard, avec davantage de monde. Au départ, je n’avais pas de basse, seulement deux synthés, et on ne posait encore aucune voix. Notre musique, c’était des trucs assez lourdingues, des rythmiques très présentes, de grosses basses, un squelette puissant sur lequel on venait greffer des couches de toy music et des bidouillages. Une formule à la fois travaillée et catchy. Et toujours cette recherche de mouvement Il y avait un contraste entre cette tension, cette énergie et ces arrangements plus subtils, dont le côté organique s’est accentué avec l’arrivée de Diego à la gratte.

Diego Leyder : Qu’ajouter ? Je les ai rejoint vers avril de cette année-là. Entre cette période et notre premier concert tout juste un an plus tard, on a bossé à trois. Et notre premier EP-3titres (bardé du galopant "Mexico", NdlR) est sorti dans l’intervalle, fin 2010. Il y a eu pas mal de changements de line-up au niveau de la quatrième personne, chargée des arrangements que Tim et Antoine assuraient sur les démos mais qui nécessitaient un membre supplémentaire en live. Aujourd’hui, César (ex-batteur des Tellers, NdlR) remplit parfaitement ce rôle.

L’été 2011 vous remportiez le tremplin du Verdur Rock. Une étape importante ?

Tim : une énorme marche dans l’escalier

Antoine : Ça n’a pas été un changement radical mais ça a concrétisé pas mal de choses qui étaient en route. Ça nous a permis de nous rendre compte qu’on tenait peut-être quelque chose, alors qu’on n’avait encore que cinq concerts derrière nous. Donc heureux mais surpris.

Diego : Avant cela, on n’avait aucune idée de comment était perçue notre musique, on s’en était toujours un peu foutu J’étais déjà étonné qu’on soit repris dans les finalistes à vrai dire On se demandait ce qu’on allait faire là. Donc on y est allé sans pression. Ce n’était que le début et nous étions déjà heureux d’ajouter, en une journée, deux lives à notre actif.

D’où vient l’esthétique du groupe ? Que ce soit au niveau de l’illustration des EP’s ou du nom dépourvu de voyelle…

Antoine : Nous étions fans de zombies, donc on a décidé de partir là-dessus. Tim habitait chez moi et on se matait des films à tire-larigot. Un soir qu’on regardait "Le Retour des morts-vivants", grand classique du genre, les zombies criaient "brains" en permanence. Le nom était trouvé. Mais on s’est vite rendu compte qu’il y avait déjà trop de Brains. The Brains, Bad Brains, etc. Nous n’avions jamais été très hype, et on avait trouvé cette mode des groupes sans voyelle vraiment nulle à l’époque (MGMT, Mstrkrft, etc.). Du coup, on l’a fait. Dans le même esprit, d’ici deux ans, la pochette du prochain BRNS sera couverte de triangles.

Tim : Pour l’esthétique, ce fut la même inspiration. Zombies & Co. Initialement, il s’agit d’un portrait de Luis Mariano (lui aussi auteur de "Mexico", NdlR), j’avoue, un peu méconnaissable. J’avais un ami graphiste dont j’aimais l’univers. A la fois en contraste et en adéquation avec la musique qu’on faisait Qui peut paraître sombre mais très lumineuse. Il en va d’ailleurs de même pour nos textes.

Antoine : Idem pour l’artwork du nouvel EP signé Carl (Roosens, dont on apprécie toujours le premier opus estampillé Humpty Dumpty, NdlR), dont le coup de crayon est aussi dérangé que dérangeant. Sans rapport direct avec les notes mais lié de manière implicite. L’idée, c’est de confronter ces univers. Et peut-être aussi de montrer nos tronches le moins possible.

Vos forces et vos faiblesses à l’aube de se faire manger tout cru ?

César Laloux : Depuis mon arrivée au sein du groupe, je l’ai senti immédiatement. Sa force, c’est que tous ses membres regardent tous dans la même direction. Personne ne se tire dans les pattes, on rigole beaucoup Avant tout, il y a cette cohésion qui sert la musique.

Tim : Une cohésion qui se traduit par le fait qu’on soit très rapproché sur scène quand on joue. Les meilleurs de nos gigs furent ceux où l’on était le plus serré. Tout est encore neuf, on découvre les choses et on est vraiment super chaud.

Diego : Le point négatif, c’est peut-être la nouveauté, et forcément notre manque d’expérience. Le point positif, c’est aussi cette nouveauté qui, cette fois, apporte la fraîcheur. Aujourd’hui, cette envie nous anime.

Antoine : Notre spontanéité peut être prise pour de l’amateurisme. C’est sûr qu’on n’a pas fait de grosse résidence coachée où l’on te dit : "Tu vas sauter sur le baffle à tel moment." Il y a ce côté primitif, les choses ne sont pas réfléchies. Et je crois que les gens percevront cette sincérité.

Nicolas Capart

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