BRNS - "Sugar High" ***

Valentin Dauchot Publié le - Mis à jour le

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Musique / Festivals De l'aveu même des quatre musiciens de BRNS, "Sugar High" est en quelque sorte "l'album de la maturité". Après avoir enchaîné les concerts comme des nic-nac et composé à la bourre les morceaux de leur premier disque - "Patine" (2014) - Tim, Diego, Antoine et César ont pris le temps de se poser. Etape indispensable, sans doute, pour digérer le succès de leurs débuts et faire évoluer leur univers barré où les envolées pop et les refrains choraux se heurtent régulièrement aux explosions psychédéliques et aux arrangements plus ou moins expérimentaux.

© BRNS

Fini de tourner autour du pot

Résultat, selon les principaux intéressés, un nouvel album "plus fun, plus éclaté et moins sombre". Quelque chose de "moins conceptuel, de plus frontal" et de fondamentalement plus rock'n'roll. Sur papier, tout cela est alléchant. D'entrée, pourtant, "The Rumor" prend le contre-pied de cette introduction officielle. Les synthés rétros sont de sortie, la voix est posée, agrémentée d'une belle touche féminine sur le second couplet, et on constate avec joie que BRNS a conservé sa personnalité.

Arrive ensuite la ligne de basse de "Pious Platitudes" et ce tournant frontal tant annoncé. On ne peut pas dire que les paroles soient moins sombres, mais on constate effectivement que BRNS arrête de tourner autour du pot pour aller directement à l'essentiel. La complexité subsiste, tout en se faisant plus discrète, et permet à ce premier single d'exploser au visage de l'auditeur dès la première écoute, sans y perdre en subtilité.

Lancé dans la foulée, "Ishtar" est plus doux, davantage murmuré que chanté, mais connaît trois ou quatre vies différentes avec autant de rythmiques et d'instrumentalisations. Conception intéressante, ponctuée dans la joie et l'allégresse par une superposition de ces différents univers. Encore une belle réussite et une mention spéciale à l'intro de guitare faussement orientale de Diego Leyder, qui mélange joyeusement les styles et attire immédiatement le chaland.


Une main invisible

Comme toujours avec BRNS, une bonne dizaine de références viennent en tête. Au-delà de leurs gourous de cœur que sont "Animal Collective" et "Why", on pense évidemment à Alt J, Metronomy, Mogwaï et tant d'autres groupes qu'on finit par laisser tomber ce petit jeu inutile. "The Missing", quatrième plage de l'album, illustre incarne l'explosivité voulue les musiciens. À 2 minutes 10, les amis font péter la baraque alors que le morceau s'était lancé comme une comptine innocente. Un changement de style bienvenu, qui ne manquera pas de faire son petit effet en live.

La suite poursuit sur cette voie bien tracée. Chaque piste est soigneusement découpée et alterne beats hypnotiques et explosions rythmiques, claviers et guitares, voix épurées ou superposées. Comme si une main invisible reprenait tous les éléments pour les mélanger, et mieux réécrire une autre histoire. À l'image du Mulholland Drive de David Lynch - dont les musiciens, cinéphiles voraces - sont certainement amateurs.

Au final, nul ne saurait dire si ces quatre-là sont matures, mais leur musique - elle - a certainement franchi un palier. L'expérimentation et la découverte restent, les grosses ficelles en moins, et ce "Sugar High" est aussi rafraîchissant que convaincant.


Valentin Dauchot

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