Musique / Festivals

La salle de Forest-National qui se remplit deux fois à ras bord pour accueillir Patrick Bruel, ce n'est pas une surprise. C'est même devenu un rendez-vous classique. Eh oui, le chanteur, que l'on avait pris à ses débuts pour un beau gosse de passage, s'est incrusté.

Les fans des premières heures, "Casser la voix" date tout de même de 1989, se sont attachées à lui et ont refilé le virus de la "Bruelmania" à la génération suivante. Le temps passe mais son succès auprès de la gent féminine reste le même. Patrick rassemble donc mères et filles et quand la lumière s'éteint, difficile de distinguer qui a vraiment 17 ans, tellement l'hystérie est générale.

L'homme, malin comme un champion de poker, le sait et fait d'emblée le lien entre générations en enchaînant, lorsqu'il monte sur scène, le vieux "Alors regarde" et le nouveau "Je m'attendais pas à toi". Le reste du concert prendra la forme d'un best-of : "Place des grands hommes", "Décalé", "Le café des délices", "J'te le dis quand même" et ses immuables cris précédant le "Je t'aime", tous les classiques sont au rendez-vous. Repris évidemment en choeur, tout comme les quelques morceaux tirés du dernier album "Des souvenirs devant" d'ailleurs.

Même s'il n'est pas dupe. Depuis le temps, il sait que son public, en très grande majorité féminin au vu de la salle, boit ses paroles qui parlent de temps qui passe et se fâchent contre les guerres et l'intolérance.

Il sait aussi que la salle est suspendue à ses lèvres quand il parle entre les chansons et il ne s'en prive donc pas. Narrant ses aventures de jeunesse à New York, avant d'entamer "Help", seul à la guitare, en hommage à John Lennon; s'imaginant ce que donnerait une Star Ac où les élèves s'appelleraient Brel, Brassens ou Ferré, ou se révoltant contre les blagues de blonde "pas parce qu'elles sont mauvaises mais parce que je dois les expliquer à ma femme", Patrick Bruel s'amuse et amuse son public.

C'est une autre facette de son talent : arriver à faire croire qu'il est complice avec chacune des spectatrices et apparaître comme le prototype du bon copain déconneur aux quelques hommes perdus dans la salle. Mais un pote sur lequel il faut garder un oeil. Les "Patriiiiiick, on t'aime" n'arrêtent pas de fuser, même aux moments les plus inopportuns, et alors que le silence est général quand commence une chanson qui se veut pleine d'émotions, un "Tu es beauuuuuuuuuuu" arrache des rires et des "Chuuuuuuuutttttt" à la salle.

Le temps passe, les briquets levés ont été remplacés par des GSM qui photographient ou filment, mais l'homme a toujours la cote. Et on voudrait qu'on ne soit pas jaloux ? Chanteur de charme, homme apparemment charmant, musicien accompli à la guitare et au piano, il peut même jouer aux cartes avec ses potes, et pour de l'argent en plus, sans se faire engueuler. Ça fait beaucoup, non ?