Musique / Festivals

Quarante ans de chansons au sommet et soixante ans d'existence sur cette terre: avec deux anniversaires pour le prix d'un, Salvatore Adamo ne fait pas les choses à moitié. Ses grands débuts en haut de l'affiche, il les a faits sur la scène de l'Ancienne Belgique à Bruxelles. En toute logique, c'est là qu'a été célébré le double anniversaire, vendredi et surtout samedi soir, 1er novembre, devant salles combles.

Faisant honneur à sa réputation d'élégance, Adamo est là dans un costume sombre impeccable, chemise blanche et une cravate à pois que n'aurait pas reniée un Bécaud. La cravate, il la portait il y a quarante ans, sur cette même scène. Mais les temps changent, Adamo aussi: la cravate ne tiendra que le temps d'une chanson, «Sans toi ma mie», et puis ciao. En seconde partie, il reviendra en 2 pièces clair et T-shirt noir...

Pour cette tournée, on n'a pas lésiné sur les moyens, et la scène de l'AB paraît toute petite, tant elle est pleine de musiciens: un quatuor à cordes, un trio à cuivres et vents pour le petit air fanfaron, trois guitares, deux claviers, deux basses et, dernier mais non des moindres, un accordéon omniprésent.

Comme les orchestrations, le décor est au diapason du nouvel album «Zanzibar», avec le bar éponyme, l'enseigne, les petites lampes à abat-jour, les réverbères et de petits fûts à bière. Dans ce paysage simple et charmant, Salvatore Adamo s'en donne à coeur joie parmi son vaste répertoire. Durant presque trois heures - faut le faire -, tout y passe, du plus guilleret («Petit bonheur») au plus grave («Mourir dans tes bras»), du plus charmeur («Dolce Paola», «Laisse mes mains sur tes hanches») au plus engagé («Inch'Allah»).

Sans surprise, les nouvelles chansons font merveille où, là aussi, se croise le plus profond («Ô monde», «Mon douloureux Orient») et le plus gaudriole: «J'te tiens, j'te lâche plus» déclenche une ambiance de bal popu et reviendra au final. «Zanzibar», la chanson, tient toutes ses promesses de spleen doux, «Mon voisin sur la lune» est plaisamment caustique, et «Tant d'amour qui se perd» s'avère plus consistant sur scène que sur disque.

L'émotion n'a certes pas manqué; elle était particulièrement palpable dans des moments comme «On est tous sur le même bateau» chanté pour moitié en flamand, «Un air en fa mineur» dédié par le chanteur à sa mère et «Paris soixante» à son père. Artiste très proche, Adamo a surtout semé la fête, qui s'est terminée par un lancer de ballons, une entrée en scène d'Enzo Scifo, Marie Arena et Frédéric François, et un gâteau géant. Le public, lui, a trouvé sa part de rêve.

© La Libre Belgique 2003