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AMBIANCE

Excepté pour les plus fervents des festivaliers ou les proches Liégeois, il ne fallait pas compter sur le hasard pour guider la foule à Spa, mardi soir. Les Francofolies s'allumaient en effet à un train de sénateur, avant de prendre leur rythme de croisière dès ce mercredi et un bouillonnement plus intense. Mardi soir, seul le casino était dédié aux concerts.

Au Casino, donc, les choses sérieuses débutaient avec, d'un côté, le doublé Cloé du Trèfle/ Stéphan Eicher, de l'autre Zop Hopop/Cali, dans la petite salle. C'est là que, dès 20 heures, le sort nous aura cloué, avec le groupe liégeois et son chanteur touche-à-tout Sacha Toorop, fort à son affaire. Et bien décidé à se faire plaisir, aidé en cela d'un organe vocal. Des compositions propres, mais aussi pas mal de reprises (UB 40, le «Ashes to Ashes» de Bowie, Petula Clark...). Au final, pas de quoi mettre le feu aux poudres, mais des étincelles de beauté (ainsi d'une surprise en la venue du papa Toorop) distillées du bout des doigts.

Sous le charme

C'est aussi sur ce mode que le Perpignanais Cali entame son concert. Les éléments posés - un décor minimal, un violon alto et un piano omniprésents -, c'est «Tout va bien», morceau désabusé sur les affres de la trentaine. Troubadour déglingué, il multiplie les va-et-vient sur scène pour balancer «Pensons à l'avenir», puis «Il y a une question», et ses bestiales invitations «Approche», sur lesquelles il invite le public à se lever. Celui-là ne s'en remettra pas, littéralement sous le charme après trois chansons à peine. Il faut dire que le garçon donne tant et plus: dans les compliments («nous sommes vraiment fiers d'être en Belgique, le pays du roi Arno », pour les liens de filiation de leur travail), dans l'énergie, dans l'humour, dans la sincérité.

Sur le coup de 22 heures, au moment où Stéphan Eicher entre en scène dans la grande salle, les mots rageurs de «L'amour parfait», l'album de Bruno Caliciuri, virevoltent déjà dans tous les recoins du Casino. Ainsi dédie-t-il son déchirant «J'ai besoin d'amour» à «tous ceux dont la vie amoureuse est un chaos, tous ceux qui se sont déjà sentis comme une merde ». Et l'intensité de grimper encore d'un cran avec la superbe intro de «C'est toujours le matin», et l'électricité de «Dolorosa»; actes d'allégeance au rock'n roll le plus tranchant. On pense à Miossec, pour certaines intonations - Miossec à qui Cali subtilise quelques paroles de «Je m'en vais» -, et à Arno, forcément, mais on lorgne aussi vers le rock des Clash, ou les attitudes iggy-popiennes. Sans que tout cela n'empêche le garçon de saluer le rock belge et son porte-drapeau, dEUS.

Oui, le devoir nous rappelle qu'Eicher voyage dans son paisible Taxi Europa, avec un arrière-plan projetant des images de road-movie; mais dans le Casino, il n'y en a que pour le Franco-italien Cali, en sueur, en extase, devant, dedans, au milieu d'un public debout à qui il assène encore «Différent» sur un rythme martial et, en véritable apothéose, «C'est quand le bonheur?». C'était à Spa, mardi soir. Et nulle part ailleurs autant qu'auprès de Cali. Pardon, Monsieur Cali.

Ce jeudi aux Francos: Bénabar, M, Tarmac, Mud Flow, soirée Belgomania...

© La Libre Belgique 2004