Musique / Festivals

S'on accent discret témoigne de ses origines: le Sud de la France, Perpignan pour être précis. Une scène discrète entre Toulouse et Barcelone. Bruno Caliciuri de son vrai nom, Cali est originaire du même village que Pascal Comelade. Une référence. “J’ai choisi le nom de Cali parce que tout le monde avait tendance à m’appeler Caligero”, sourit-il. Un clin d’œil et davantage: le verbe brûlant, la musique audacieuse, l’homme veut rompre avec la “démagogie” ambiante d’une certaine chanson française. “Ce que l’on a fait pour les soixante ans de Johnny, c’était indécent.” Il n’hésite pas à égratigner l’idole dans une chanson. “Combien de jours de deuil à la mort de Johnny?”lance-t-il, provocateur. Mais le premier album de Cali dépasse cette anecdote, c’est une perle écorchée vive, retraçant les passions et les tourments de notre époque sentimentalement chahutée. A trente-cinq ans, il avoue “ne plus avoir peur” de dire tout haut ce qu’il pense. En permanence. Avec un talent impressionniste digne de tous ceux qui l’inspirent ouvertement: Miossec, Dominique A, Léo Ferré, Mike Scott et les Waterboys, Léonard Cohen, Bob Dylan… Merveilleuse brochette.

La fierté des “baloches”
Sa carrière commence finalement tard. Mais la reconnaissance des milieux musicaux est rapide depuis la sortie de son premier simple intitulé “c’est quand le bonheur?”. Il avoue vivre un “tourbillon sympathique”, 35 dates ayant immédiatement été réservées en France. “J’ai fait beaucoup de baloches, se souvient-il. Et j’en suis très fier, vraiment. Nous avons joué dans des villages de trente habitants où les gens préparaient la fête pendant toute l’année. Pour eux, c’était un moment très important et nous en faisions partie. La veille, il n’y avait rien. Le lendemain, il n’y avait plus rien. Quelle joie de participer à une soirée aussi exceptionnelle. C’est la vraie vie, ça!”

Pourtant, Cali a choisi de quitter la galère relative de ces années-là, de faire le grand saut pour partager l’amour des mots et des émotions vraies. Faire écouter, comme il le dit très simplement, des compositions qui touchaient ses proches. Déposer sur le fil des années folles des paroles susceptibles de décrire l’amour dans toutes ses dimensions. “Si l’on devait retenir une chanson, j’aimerais que ce soit la dernière”, dit-il. Son titre? “L’Amour parfait”.“Cela ne veut rien dire. Il faut s’engueuler, pleurer; il faut des crises de nerfs et des réconciliations intimes… En sachant que la prochaine engueulade absolue sera peut-être la dernière et en cultivant l’optimisme, aussi.”

Cali offre la maturité douce-amère de celui qui a vécu et rêve encore, beaucoup. Père d’un garçon de cinq ans et demi, séparé, revivifié… Avec l’intensité d’un regard fort sur les émotions. “En concert, dit-il, je joue un morceau qui s’appelle “Fais le vite papa”. C’est une chanson très crue au sujet de l’inceste que j’ai écrite après avoir entendu Carole Bouquet parler de la nécessité de défendre l’enfance. Cela m’avait beaucoup touché.”Et il chante, à l’improviste: “Je prie, mon Dieu, préserve ma petite sœur de tout ça. Fais le vite, papa, chalala… Hier j’avais huit ans et aujourd’hui, je ne sais pas; je ne suis plus une enfant et cela ne me plaît pas, fais le vite, papa, chalala…”

Vulnérable, toujours Comme Miossec, Cali cultive une sincérité absolue. “J’espère rester vulnérable toute ma vie.”Comme lui, il insiste pour que sa voix soit mixée bien en avant, sans pour autant masquer la force d’une guitare folk ou, c’est rare, d’un violon alto. Mike Scott des Waterboys? “C’est ma référence. LA voix. Tout le monde en a une qu’il préfère par-dessus tout…”

Sincère, Cali s’engage, aussi, à fond. Pour lui, c’est clair, José Bové “entrera dans l’histoire” pour avoir décrypté les enjeux cachés de la mondialisation. Pour lui, le combat des intermittents du spectacle, auquel il a participé, était juste “car il s’agissait de préserver un élément essentiel de l’exception culturelle française”. Cali profite et fait partager ses frissons. Pour ça, déjà, il mérite d’aller loin, très loin.CD “L’Amour parfait”, Labels En concert aux Nuits Botanique le 17 septembre.