Musique / Festivals

entretien

Ça tient parfois à pas grand-chose, comme un petit "s" par exemple. Depuis une dizaine d'années, le festival Cap Sud se cherchait. Très, disons, politisé, il passait d'un endroit à l'autre, du plein air à des salles, se focalisant sur une région, un pays comme l'Italie par exemple... Cependant, passé les faubourgs montois, il peinait à trouver sa place dans le paysage festivalier. Pour remédier à cet état des choses, les responsables ont approché, il y a un an et demi, la voix et l'âme de l'émission "Le monde est un village" sur la Première, Didier Mélon. La première chose que celui-ci a faite, c'est ajouter un "s" à Sud.

Mais avant de s'engager, l'homme, rétif à toute "pression", a pris certaines précautions concernant sa liberté artistique. A travers son émission et les projets attenants, il jouit d'une crédibilité qui ne se galvaude pas. Cela acquis, il a recentré toute l'activité du festival au Théâtre royal "pour des questions de respect artistique et acoustique. Ce n'est pas un festival où l'on boit en même temps que les musiciens jouent", explique Didier Mélon, se référant sans doute à quelque beuverie estivale indélicate vis-à-vis des artistes comme du public.

Dans le même temps Cap Suds renaissait avec ce "s" "pour bien expliciter les origines multiples des artistes et des cultures s'y exprimant. Et j'aimerais le sortir de toute dimension exotique primaire pour générer une réflexion plus globale sur les artistes, pas seulement là pour se montrer mais aussi pour en retirer quelque chose." Et Didier Mélon de donner en exemple les captations audio et vidéo multicaméra qui permettront aux artistes d'avoir à la fois un retour et un outil de communication.

Eveil et concrétisation

Homme de conviction, il poursuit en réalité des objectifs similaires à ceux de son émission radiophonique : "Permettre un éveil, une concrétisation, pour que des artistes puissent réaliser leur rêve." Pour y parvenir, il leur faut déborder de leur communauté d'origine pour en toucher d'autres, et accéder à une audience plus importante que ce que leur renommée, encore réduite, leur permet d'atteindre. La radio, les disques, les partenariats avec différentes manifestations et maintenant Cap Suds convergent dans ce but.

Car, a priori peu commercial, ce secteur d'activité musicale a besoin de soutien : "Toutes les semaines, on me demande d'être impresario, manager ou producteur, mais je ne peux pas, question de temps et de déontologie, dit un Didier Mélon très soucieux de ceux avec lesquels il travaille. Le matériau est tellement fragile quand on est artiste ! Les côtoyant en nombre, je constate que la plupart d'entre eux souffrent de beaucoup de manques et d'inconnues. L'expression musicale n'est vraiment pas une activité facile pour eux."

Et alors, ce fameux "s" ? Ces quatre soirées de festival mettent un monde de musique à portée d'oreilles. Des musiciens, il en viendra du Brésil, du Sénégal, du Congo, du Maroc, de France, de Jamaïque, d'Espagne, de Sicile, d'Argentine, du Portugal, de France et même de Belgique.

Certains ne sont pas des inconnus, comme El Hadj N'Diaye, Umoja ou Al Funduq, avec le saxophoniste Pierre Vaiana. "Mais, pour chacun, je voulais quelque chose de particulier, les petits plus de Cap Suds, que me permettent les contacts privilégiés avec certains artistes : participation d'invités, présentation d'album, première belge."

Et en plus...

Le chanteur El Hadj N'Diaye vient présenter son troisième album, dans une formule en quartette avec des instruments comme la kora ou le n'goni. Le guitariste Daniel Miranda est allé cet été au Brésil pour étendre un répertoire de bossa-nova dont on fête les quarante ans cette année. Le berbère Khalid Izri s'entoure de musiciens et voix kurdes, touaregs et espagnols. Al Funduc présente lui aussi un nouveau disque, "Porta del vento" et, pour l'occasion, font venir deux chanteurs charretiers de Sicile. Et c'est ainsi pour tout le programme, quatorze concerts avec plus d'un "s" à leur Sud.

Cap Suds, les 5,6, 7 & 12,13,14 octobre au Théâtre royal de Mons. Infos et rés. 065.39.59.39; Web www.lemanege.com