Musique / Festivals

Ils sont tous entre la presque trentaine et la jeune quarantaine. Issus des milieux culturels, et pour la plupart actifs depuis quelques années déjà dans les couloirs de la scène pop-rock noir-jaune-rouge. Des amis musiciens qu'un amour – à peine découvert ou assumé de longue date – pour le chantre Julien Clerc a récemment réunis autour d'un curieux projet.

Fabrice Detry, l'un des instigateurs nous explique l'origine de cette idée : "C'est notre chanteur Gregory Joncret qui aime Julien Clerc depuis toujours et ne manquait jamais une occasion de le chanter. En y mettant un part à lui, une touche un peu punk. Du coup, cela faisait un bail qu'on blaguait en imaginant un cover band de Julien Clerc, mais personne n'envisageait vraiment le faire. Ça paraît un peu con. Il y a tellement d'autres choses à faire dans la vie plutôt que de chanter le répertoire de Julien Clerc. Puis, on n'en était pas forcément capable… Il a vraiment fallu qu'on aborde le sujet très tard dans la nuit pour qu'il soit lancé. Mon anniversaire a été le point de départ, j'avais envie d'essayer. Tout le monde a répondu présent. Et ce fut le premier concert des Juliens, à L'Excelsior à Jette, en janvier 2016."

Avant cette date, il fallut néanmoins travailler, et soudain réaliser l'ampleur de la tâche. "Entre-temps, il y a eu les répètes, le pianiste qui m'appelait pour me dire 't'es complètement barje, je n'arriverais jamais à jouer un truc pareil !' Plus on avançait dans la matière, plus on se disait que c'était trop dur... Julien Clerc avaient des musiciens de studio, des gars qui faisaient leurs gammes, qui maîtrisaient la technique. Pas des touristes ! Ça se jouait à l'urgence même."

Mais l'équipe réunie, en dépit de sa bonhomie, n'est pas non plus tissée de manchots. "Il y a Greg donc, d'Elvis Ghettoblaster et dans l'ombre de tous mes projets depuis Austin Lace. Aurélie Muller, de Melon Galia jadis, depuis peu Tresor, et toujours Blondie Brownie en duo avec Catherine De Biasio, qui a aussi rejoint le bateau. Mathieu France, qui nous a quitté il y a peu. C'est le réalisateur de la série 'Ennemi Public', qui l'occupe pas mal depuis un an. Remplacé par Andrea Romano, un comédien italien, qui fait les trajets depuis Paris. Antoine Pasqualini de Monolithe Noir, à la batterie. Ben Bailleux, jadis des Tellers puis de Paon, l'électron libre de la bande, qui a ce détachement 70s sur scène. César Laloux, ex-BRNS, Italian Boyfriend et Tresor, qui fait le show et enfile facilement les costumes. On ne doit jamais lui dire deux fois de faire le mariole. Il ne lésine jamais sur la chemise hawaienne, ni le port du mulet…"

Sans oublier deux acteurs de l'ombre... "Tommy Desmedt, indispensable à la technique. Il a compris le côté Wall of Sound de l'époque. Il n'y a pas un instrument qui passe vraiment devant chez Julien Clerc. C'est avant tout sa voix. Il a réussi a créer cette couche à partir de toutes les pistes qu'il a à mixer. Et, dans ce projet, plus il y a d'instruments, mieux c'est (…) Enfin, il y a Jill Wertz. Elle est maquilleuse et habilleuse pour le cinéma ou la pub. Et faisait partie des Vedettes, où elle a toujours attaché beaucoup de soin à ce que ça claque visuellement. Le contraire de tout ce que j'avais appris dans les années nonante. Pour moi, s'habiller ou enfiler un costume pour monter sur scène, c'était un mensonge par rapport au public. C'est à cause de groupes comme Pavement je pense… Avec les Juliens, j'ai mis tout ça de côté. J'ai même pris conscience que c'était une bonne partie du plaisir. Quand on entre dans notre loge, Jill nous a préparé un backstage d'opéra, avec des tringles et des centaines de fringues. Alors on prend le temps de fouiller et on s'amuse beaucoup en choisissant ce que l'on va porter pour le concert."


Mais pour que tout cela fonctionne, il fallait une voix, car celle de Julien Clerc est des plus singulières. "Greg l'approche, il la touche par instants. On expérimente à chaque fois. Et, honnêtement, on ne comprend pas trop ce qui se passe. Greg imite Julien Clerc mais offre davantage, et il y a toujours un moment où nous avons la prétentieuse illusion de jouer des morceaux que nous avons écrits nous-mêmes. C'est dans cet esprit que nous montons sur scène, comme pour défendre nos propres disques, même si ça n'a pas de sens. J'espère qu'au final les gens entende plus qu'un groupe de reprises."

Sur scène, les Juliens interprètent les classiques, les tubes et les morceaux qu'il apprécient le plus dans le répertoire sans fond du Français. "Ce sont des morceaux qu'on a tellement entendu, qui font partie de nos vies. Pour nous, Julien Clerc, c'est surtout un chanteur exubérant, au chant un rien prétentieux, qui ne mesurait pas ce qu'il donnait... Des chansons comme "La Californie" ou "La Cavalerie" m'ont toujours plu. Il y en a d'autres qu'on a trop entendues. Mais je les réécoute différemment aujourd'hui. Même si, je ne te cache pas, qu'on a les gencives qui saignent quand on fait "Coeur de Rockeur". Les paroles sont tantôt horribles, tantôt grandioses. Il y a de tout chez Julien Clerc".

En attendant, ce projet saugrenu parti d'une blague au coin d'une table a pris de l'ampleur et est victime de son succès désormais. Il y eut quelques petites dates en France, et cela continuera avec une concert le 16 novembre à Paris. Les Juliens attendent aussi la confirmation d'un très gros festival français qui devrait leurs ouvrir plus de portes encore. Et l'on devrait bien sûr recroiser leurs perruques à Bruxelles et en Wallonie.