Musique / Festivals

Les Cassandre n'ont pas manqué, dans les dernières décennies du XXe siècle, pour annoncer la mort de l'orchestre symphonique (comme celle de l'opéra, d'ailleurs...), et, avec cette mort, l'effondrement de la création musicale liée à cette formation. A la même époque, Wolfgang Rihm, Pascal Dusapin, Benoît Mernier, Kaija Saariaho ou Luc Brewaeys, encore en culottes courtes (ou jupette), fourbissaient leurs instruments, le come back du symphonique était en route, les Cassandre en furent pour leurs frais. Mais pour quelques titans aujourd'hui confirmés, combien de jeunes compositeurs, parfois prodigieusement doués, en sont-ils réduits à imaginer leur symphonie au piano ou à l'ordinateur ? Distorsion d'autant plus grande que la création classique contemporaine est plus que jamais liée à l'originalité de sa réalisation sonore. C'est pour répondre concrètement à ces questions qu'en 2004 quelques condottieri du paysage musical belge ont fondé l'association ['tactus] - terme musicologique désignant la pulsation rythmique -, organisatrice du Forum des Jeunes Compositeurs, à la fois lieu de création, laboratoire et tremplin, qui a tenu sa troisième session (biennale) début septembre. C'était au Théâtre de Mons, en public, sous l'égide d'un jury international comprenant Jonas Alber, Julian Anderson, Jean-Paul Dessy, Kimmo Hakola, Michaël Jarrell, Hanspeter Kyburz, Claude Ledoux, Bruno Mantovani, Ann McKay et Benoît Mernier, avec le concours de l'Orchestre National de Lille (direction Jonas Alber) et de l'Ensemble Musiques Nouvelles.

80 partitions

Parmi les fondateurs de ['tactus], Gilles Ledure, ancien intendant de l'ONB, occupant aujourd'hui les mêmes fonctions à l'ONL, et cheville ouvrière du Forum : "Nous avons reçu cette année 80 partitions, en provenance du monde entier, succès qui s'ajoute à l'arrivée de trois nouveaux orchestres partenaires : l'Orchestre de Lille, tout d'abord, qui a effectué la lecture publique des sept partitions retenues et qui a mis deux d'entre elles au programme de ses prochains concerts (dont "Mémoire du vent" de Florent Motsch-Etienne pour le concert d'ouverture du Festival de Wallonie-Hainaut); le Brussels Philharmonic (VRO), qui enregistre, sous la direction d'Arturo Tamayo (!) une "compil" des oeuvres retenues depuis 2004; et Musiques Nouvelles qui met à son programme une sélection des oeuvres de musique de chambre préalablement demandées aux compositeurs... Des concerts ont déjà eu lieu, assortis de conférences musico-gastronomiques (et ludiques) imaginées par Bruno Mantovani, ce fut une fameuse expérience ! L'Orchestre National Belge, quant à lui, poursuit son implication initiale en plaçant les oeuvres sélectionnées dans sa programmation."

"Deux oeuvres très différentes - et chacune d'une profonde originalité - ont été retenues : "Mémoire du vent" du Français Florent Motsch-Etienne est un modèle de clarté à la française, avec son orchestration raffinée, ses couleurs, son équilibre sonore, alors que "Wailing" de la Chinoise Lu Wang (établie à New York) traite de façon directe et poignante de la misère des paysans chinois sur base d'un poème traditionnel; c'est une oeuvre qui intrigue par son mélange d'intellectualisme et d'héritage traditionnel, personne ne peut y rester indifférent..." A tel point que Lu Wang a reçu commande de ['tactus] pour un quatuor de son choix, tandis que l'ensemble Blindman commandait à Florent Motsch un quatuor pour saxophones. "Aujourd'hui, la structure de ['tactus] est complètement professionnalisée, nous avons désormais une antenne à Paris, la réponse des milieux professionnels comme celle du public atteste un enthousiasme général. Cap sur 2010 !"

Théâtre de Mons, jeudi 18 septembre à 20 h 30 - 065.39.59.38 - Web www.festivaldewallonie.be www.tactus.be