Musique / Festivals Rencontre

Même s’il avait déjà dirigé l’Orchestre Philharmonique (pas encore Royal) de Liège à trois reprises (2006, 2008 et 2010), c’est en mai dernier qu’on a vraiment découvert Christian Arming : le jeune chef autrichien (il aura bientôt quarante ans) a en effet été choisi par le conseil d’administration de l’OPRL (et par les musiciens) pour succéder à l’éphémère François-Xavier Roth au poste de directeur musical de la phalange liégeoise. On avait découvert Arming tiré à quatre épingles, mise de gendre idéal ou de jeune trader souriant posant au soleil du printemps pour les photos officielles aux quatre coins de Liège. On le retrouve, moins lisse mais avec une dimension de plus, un matin de décembre, à quelques minutes d’une répétition. Il est en pull, barbe d’un jour et cigarette tenue par l’entrebâillement de la fenêtre, jusqu’à ce que les frimas de l’hiver liégeois dissolvent ses derniers scrupules : il fumera les suivantes dans la chaude intimité de sa loge, répondant de façon posée et circonspecte aux questions.

Vous êtes né à Vienne mais vous avez grandi à Hambourg. De laquelle des deux villes vous sentez-vous l’enfant ?

Vienne ! Je suis né à Vienne, mais j’ai vécu à Tokyo jusqu’à l’âge de deux ans. Puis j’ai grandi à Hambourg jusqu’à huit ou neuf ans, et j’ai alors retrouvé Vienne. Je me sens avant tout Viennois, car c’est là que je me suis vraiment éveillé à la musique et que j’ai été formé. Il y avait à Vienne - je vous parle de la fin des années 80 - cette double tradition musicale : romantique d’une part, avec ce son viennois traditionnel, mais aussi plus baroque ou "baroqueuse" d’autre part, avec Nikolaus Harnoncourt et son Concentus Musicus ou, à Salzbourg, la Camerata Academica du Mozarteum. Dès mon arrivée à Vienne, je suis rentré aux Wiener Sängerknaben, les célèbres Petits Chanteurs : nous avions bien sûr les fameux concerts en uniforme aux quatre coins du monde, mais aussi une pratique régulière, avec une messe chaque dimanche précédée de trois jours de répétitions. Je me souviens même, avant cela, d’avoir assisté, enfant, à des concerts de Karajan, à Vienne et à Berlin : c’était une personnalité très impressionnante, que j’ai eu la chance de rencontrer plus tard.

Après une série de chefs français ou francophones, vous êtes le premier directeur musical germanique de l’Orchestre de Liège. En quoi cela peut-il changer les choses ?

Le répertoire de base - le core-business si j’ose dire- de l’orchestre reste franco-belge, disons francophile, et cela ne changera pas. J’ai déjà prévu de diriger la symphonie de César Franck ! Mais j’y ajouterai un retour à certains fondamentaux du répertoire germanique : les symphonies de Haydn -qui est et doit être le maître de tout orchestre - mais aussi Mozart, Beethoven - nous avons donné la Cinquième symphonie en septembre, et il y avait longtemps que l’OPRL ne l’avait plus jouée - Schumann (qui n’a plus été joué à Liège depuis douze ans !) ou Brahms. L’idée est de mieux intégrer ce répertoire-là dans l’ADN de l’orchestre.

Y aura-t-il un répertoire que vous vous réserverez, et un autre que vous réserverez aux chefs invités ?

Pas a priori. Certes, il est évident que si nous invitons Thomas Dausgaard, nous lui demanderons plutôt une symphonie de Sibelius. Et si Seiji Ozawa vient à Liège, nous lui demanderons plutôt du Tchaïkovski que du Haydn. Pour le reste, nous continuerons à inviter les chefs que l’orchestre apprécie - comme Gunther Herbig ou Domingo Hindoyan par exemple. Et j’aimerais inviter des collègues que j’admire, comme Ingo Metzmacher ou Daniel Harding pour ne parler que des chefs. Mais tout se décidera en équipe, je ne viens pas ici comme un monarque !

Vous inviteriez Ozawa à Liège ?

Pourquoi pas ? A tout le moins si nous avons l’argent pour son cachet ! Nous nous connaissons très bien : je l’ai souvent entendu enfant, puis il m’a invité à son Festival de Tanglewood et à Boston, et je lui ai succédé à la direction du New Japan Philharmonic à Tokyo. Il est vrai que sa santé n’est pas excellente pour le moment, mais j’espère qu’il se remettra rapidement. Et je le lui proposerai, d’autant que son professeur - Hideo Saito - a, je pense, étudié à Liège.

Vous aviez dit en mai dernier être tombé amoureux de l’Orchestre de Liège. La lune de miel dure toujours ?

Dans toute relation - professionnelle comme amoureuse - il y a des hauts et des bas. Nous en aurons certainement aussi mais, pour le moment, nous restons dans les hauts. J’apprécie l’ambiance de travail qui règne ici, le plaisir de travailler, la volonté de progresser. Nous avons établi une relation qui ne repose pas sur l’agressivité et la peur, mais sur un respect mutuel, un véritable partenariat.

Vous avez quand même trouvé l’un ou l’autre point faible à l’orchestre…

La principale faiblesse ne tient pas à l’orchestre, mais au lieu. La Salle Philharmonique est magnifique, mais présente un problème acoustique parce que le son part trop haut et trop loin en arrière. Il faudrait pouvoir placer des coques acoustiques, mais il faut tenir compte d’impératifs patrimoniaux - le lieu est classé - et, bien sûr, financiers.