Musique / Festivals
Prince Paul :
Politics of Business
 

Né le 2 avril 1967 sous le nom de Paul Huston, Prince Paul a une longue expérience de DJ, de rapper et de réalisateur, notamment pour Stetsasonic, Big Daddy Kane et De La Soul. Certains viennent prêter main forte à ce troisième opus, qui a la dure mission de succéder à l'excellent «A Prince among Thieves» (1999). Prince Paul a les moyens de ses «Politics», inspirées notamment par les difficultés de nager dans les eaux troubles du business du disque. S'il est en lutte pour s'imposer, il n'est pas seul puisque Guru, Ice-T, Chuck D sont parmi les nombreux featurings. Pas gangsta mais armé de son humour cynique et de ses talents d'acteur et même de... chanteur (joli «Beautiful Absurd»), Prince Paul dénonce le système avec une rude mais réjouissante efficacité. (D.S.)

1 CD Antidote 104, PiaS.

Sal La Rocca :
Latinea
 

Le contrebassiste Salvatore La Rocca présente un impressionnant curriculum d'accompagnateur de classe internationale avec, notamment, le regretté pianiste français Michel Grailler. Voici le Sérésien en leader d'un quartet sans anches ni vents, mais avec guitare. Et quelle guitare! Celle de Jacques Pirotton, si particulière lorsqu'il la branche sur le secteur: dans «Surimpression sur...», avec ses torsions et contorsions, elle n'est pas sans faire penser à celle de Bill Frisell qui se rappelle de Robert Fripp. Tout n'est pas aussi dense dans «Latinea», qui a ses moments de recueillement et d'enthousiasme.

Si l'on regrette que quelques compositions se cherchent encore, l'on se réjouit pour un leader qui s'est trouvé. (D.S.)

1 CD Igloo 168. En concert au Brussels Jazz Marathon, Grand-Place, le 25 mai 21h.

Marilyn Manson :
The Golden Age of Grotesque
 

Un temps considérée comme l'Alice Cooper du pauvre, cette bonne vieille Marilyn revient avec un cinquième album dans le ton: un métal industriel à haute teneur en agressivité et en provocations, notamment sexuelles et sataniques. Mais Brian Warner - c'est son nom - opère, par la même occasion, un flash-back sur les années d'avant-guerre, en Allemagne, où régnait un curieux mélange de terreur et de... grotesque. C'est à n'en pas douter l'ombre d'un Kurt Weill qui plane sur «Golden Age...», un cabaret noir et cynique, tristement prémonitoire. L'ajout à la version européenne du single «Tainted Love» s'inscrit tout à fait dans cette ligne, connaissant les penchants de Marc Almond. La boucle est bouclée, et solidement. (D.S.)

1 CD + 1 DVD Interscope, Universal Music.

Jorge Ben Jor :
Acustico
 

En direct de Rio de Janeiro, voici un des Cariocas les plus turbulents, sambiasta pop moderne. Son disque est aussi intitulé «Admiral Jorge V + Banda do Zé Pretinho», où l'on reconnaît bien la griffe du chanteur. Mais il est surtout «Acustico», peut-être pas au sens strict, en tout cas orchestralement allégé. On n'échappe ni à «Filho maravilha», ni à «Taj Mahal» et encore moins à «Pais tropical» ou à «Mas, Que nada», et pourquoi s'en priverait-on?

Mais un show de Ben Jor, c'est bien plus que ces quatre tubes, une ambiance dans un flot musical que rien ne semble arrêter. Typique de la MPB, Musique populaire brésilienne, il est lui-même proche du peuple («O vendedor de bananas»), sans pour autant restreindre son horizon. Chaud, Ben Jor, chaud! (D.S.)

1 double CD Mercury 017 725, Universal.

Alexi Tuomarila :
02
 

Parler de «jeune prodige» est dangereux, ça vous casse des carrières en moins de deux. N'empêche. Originaire de Finlande, adopté par la Belgique où vivent ses parents, Tuomarila a une formation classique, mais il s'est dépêché de mettre les partitions au placard pour s'ouvrir au jazz. C'est du Conservatoire royal de Bruxelles - où le pianiste a suivi les cours de Diederik Wissels - qu'a émergé ce quartet. Le principe de la cohésion est à la base de la démarche, et il n'empêche nullement le pianiste comme le saxophoniste Nicolas Kummert de s'exprimer avec un sens de la mélodie raffiné mais pas mièvre, une mélodie sous-tendue d'une pensée musicale déjà très élaborée. À suivre de très près. (D.S.)

1 CD Finlandia Jazz 0927 49148 2, Warner Music. En concert les 23 et 24 mai à Flagey, dans le cadre du Brussels Jazz Marathon.

Abos, Tartini, Gasparini,
stabat mater :
Stradivaria
 
Tous ceux qui sont accros aux «Stabat Mater» de Vivaldi et Pergolesi se réjouiront de découvrir trois mises en musique du célèbre poème contant la douleur de la Vierge auprès de son fils crucifié. Si l'on connaît Giuseppe Tartini (1692-1770) pour ses oeuvres pour violon, les noms de Girolamo Abos (1715- 1760), compositeur maltais d'origine espagnole, et Quirino Gasparini (1721-1778), élève du padre Martini en poste à Turin, sont peu familiers.

On découvrira avec plaisir ces trois oeuvres échelonnées entre 1750 et 1770, simples mais souvent émouvantes, excellemment interprétées par l'Ensemble Stradivaria de Daniel Cuiller avec les sopranos Isabelle Poulenard et Isabelle Desrochers ainsi que l'alto Martin Oro. (N.B.)

1 CD Cyprès CYP 1639, 1 h. 3 sec., AMG.

Debussy, Mozart, Mélodies :
Juliane Banse, Andras Schiff
 

Andras Schiff poursuit pour le label ECM son parcours discographique atypique. Ainsi de ce récital où le grand pianiste accompagne la soprano allemande Juliane Banse dans un programme a priori inattendu mêlant des mélodies de Debussy (les «Ariettes oubliées», mais aussi le premier livre des «Fêtes galantes» et quelques autres) et des mélodies françaises ou allemandes de Mozart («Dans un bois solitaire», «Oiseaux si vous saviez», «Als Luise die Briefe»...).

Si l'on sent Banse plus à l'aise dans la langue allemande qu'en français et que sa voix ne la porte pas toujours naturellement vers Debussy, la qualité de ce disque vient de ce mélange, de l'équilibre qui s'en dégage et de l'accompagnement à la fois subtil et discret de Schiff. (N.B.)

1 CD ECM 1772, 1h. 4 sec., Universal.

Serge Rachmaninov, Concertos 1 et 3
Nikolai Lugansky
 

En ces temps de Concours- qui-vous-savez, pour lequel dix des demi-finalistes ont inscrit à leur programme l'un ou l'autre concerto de Rachmaninov, il n'est pas mal venu de réviser ses classiques. Pourquoi alors ne pas le faire en compagnie de Nikolai Lugan- sky, pianiste russe qui prouve disque après disque qu'il vaut bien plus que son image de beau gosse dont se sont entichés trop vite quelques médias d'outre-Quiévrain? Accompagné de l'Orchestre de Birmingham (celui de Rattle, désormais dirigé par le Finlandais Sakari Oramo), Lugansky excelle à masquer élégamment la virtuosité des partitions pour en faire ressortir avec limpidité la qualité musicale. Loin, donc, de certains cogneurs de clavier. (N.B.)

1 CD Warner 0927 47941, 1 h. 8 min.

Niccolo Piccini, Didon :
Arnold Bosman
 

Joie et déception. On se réjouit de découvrir un enregistrement de cette fameuse «Didon» de Niccolo Piccini qui fut, à sa création en 1783, un des parangons de ce style conservateur encouragé en opposition au développement du drame musical personnifié par Gluck. Mais on doit quelque peu déchanter en découvrant cette gravure, apparemment réalisée à la faveur de représentations données en décembre 2001 au Teatro Piccini de Bari. C'est que l'orchestre et le chef n'ont rien assimilé de l'esthétique et de la rhétorique baroque, ce qui donne à la partition un aspect plus désuet et conservateur encore. C'est aussi que les chanteurs sont de second plan, avec donc pas mal de faiblesses. Il faudra attendre une autre «Didon». (N.B.)

2 CD Dynamic 406/1-2,2 h. 6 min 18 sec., Lavial.

Jean-François Dandrieu
Pièces pour clavecin :

Betty Bruylants
 

Objet d'un intérêt récent et justifié, la musique de Jean- François Dandrieu (1682-1738) est longtemps restée dans l'ombre de celles de Couperin et de Rameau, exacts contemporains du compositeur. Elle n'en présente pas moins intérêt et séduction, surtout dans la sélection représentative qu'en fait Betty Bruylants, où l'on retrouve les meilleures pièces des Premier, Deuxième et Troisième livres, édités dans la pleine maturité du musicien mais comportant des oeuvres de jeunesse. Sur un clavecin Alain Anselm, Bruylants en donne une version claire, animée, et imaginative - trait essentiel pour les Capricieuse, Etourdies et autres Gracieuses... Beaucoup de style et de goût, mais sur le mode sage. (M.D.M.)

Pavane 1 CD 1 h. 9 min. 5 sec. ADW 7473.

© La Libre Belgique 2003