Musique / Festivals

The Allman Brothers Band

Hittin'The Note

Que dire à l'écoute de cet album, sinon qu'il est difficile de croire ce que l'on entend. Comme ça, sans rien faire que de la musique, l'Allman Brothers réalise son meilleur album depuis «Brothers and Sisters», paru en... 1973. Avouons que c'est beau mais troublant comme une tragédie shakespearienne qui finirait bien. Depuis la disparition de Duane Allman, dans un accident de moto fin 71, ce groupe passe de naufrage en sauvetage mais, devant lui, tous les imitateurs et suiveurs peuvent s'aplatir. Parfaitement créatif au niveau de la mélodie, héroïquement imaginatif la guitare à la main, l'A.B.B. cristallise toute la richesse - sans les travers gênants aux entournures - de la musique sudiste, ancrée au blues, au jazz et au swing. Un vrai grand disque de rock américain. (D.S.)

1 CD Peach/Sanctuary 170, BMG.

French Caribbean

French Caribbean

Envie d'un ti'punch? Le climat s'y prête, comme il se prête à la musique de ces Antilles françaises qui véhiculent leur part de rêve. Zouk à la Kassav', compas à la mode d'Haïti, difficile de trouver plus chaloupé. Cette compilation d'origine américaine, avec textes en français, please, fait un joli tour de la question, mais tout n'y est pas si simple: à la relative doctrine épicurienne semblant régir Guadeloupe et Martinique, répondent toutes les angoisses et les espérances haïtiennes, là où la musique sert plus souvent à cautériser les plaies. Pourtant, la séduction des uns et des autres est pareille, et toute résistance serait inutile. Entre tradition et modernité, entre authenticité et variété, il y a du bon plaisir à prendre, et en voilà un bel échantillon. (D.S.)

1 CD Putumayo 211, Culture Rec.

Collectif

Avec Léo

Ritournelle: à chaque anniversaire symbolique d'une star de la chanson, la maison de disques relifte intégrale et compilations, et concocte un disque hommage. Ici, il y a de quoi être déçu par un de ceux que l'on attendait le plus: Bashung et son mode récitatif actuel, ça ne passe pas «Avec le temps». Le modèle, son image, et la personnalité de l' interprète, telle est la question. Lavilliers s'y croit, et il a raison, il y est («La mémoire et la mer»), Higelin aurait pu y être («Jolie môme»), Dionysos tape en plein dans le mille («Thank you Satan»), Brigitte Fontaine arabise pour des prunes («Ame, te souvient-il?»), Tue-Loup est dépassé par son sujet («La solitude») que maîtrisent Noir Désir («Les armes») et Miossec («Ô triste, triste était mon âme»). Inégal, donc. (D.S.)

1 CD Barclay 980 758, Universal.

Franz Liszt, OEuvres diverses

Yundi Li

Est-ce pour mieux pénétrer les marchés asiatiques que Deutsche Grammophon a fait du jeune pianiste chinois Yundi Li sa nouvelle figure de proue pianistique? Certes, le vainqueur du Concours Chopin de Varsovie (compositeur auquel avait d'ailleurs été consacré son premier disque) est un artiste de talent aux moyens impressionnants, mais pas fondamentalement plus que la moyenne des collègues de son âge qui occupent les podiums des grands concours de musique..

Ce disque Liszt confirme ce niveau, très élevé sans être exceptionnel. Le programme est éclectique, s'ouvrant avec la sonate pour se terminer avec la paraphrase de «Rigoletto» en passant notamment par la Campanella, le Rêve d'amour et la Tarantella. (N.B.)

1 CD DG 471 585, 58 min. 41 sec., Universal

Georg Philipp Telemann, Quatuors parisiens

Freiburger Barockconsort

En 1737, Georg Philip Telemann fut invité à Paris, où furent exécutées avec succès plusieurs de ses oeuvres. Le compositeur hambourgeois découvrit aussi que certaines de ses compositions, notamment ses «Quadri» pour violon, flûte traversière, viole de gambe ou violoncelle et continuo avaient été éditées là sans son autorisation. Initialement publiées à Hambourg sept ans plus tôt, elles prirent alors le surnom de quatuors parisiens 1 à 6. Ce sont ces six oeuvres - deux concertos, deux sonates, deux suites - que proposent ici de superbe façon des musiciens du Freiburger Barockorchester. Ils ont retenu la viole et le violoncelle, auxquels s'ajoute un luth qui fait plus que de la figuration. (N.B.)

1 CD Harmonia Mundi HMC 901787, 1 h. 11 min 34 sec.

George Frideric Haendel, Deidamia

Alan Curtis

Chaque été, Virgin publie un enregistrement d'opéra rare réalisé par Alan Curtis et son Complesso Barocco dans le cadre du festival de Sienne. Cette année, il s'agit de «Deidamia», le dernier des opéras italiens de Haendel. Composée en 1740 et créé l'année suivante, l'oeuvre marque la fin d'une époque puisque le grand compositeur allait désormais se consacrer à l'oratorio et à la langue anglaise.

Cette partition qui conte la jeunesse d'Achille est pleine de charmes, avec notamment des airs magnifiques. Curtis la dirige avec une souplesse délicieuse, et son plateau - Simone Kermes, Dominique Labelle, Anna Maria Panzarella, Antonio Abete, Anna Bonatibus, Furio Zanasi - est à la hauteur de l'entreprise. (N.B.)

3 CD Virgin 45550, 2 h. 59 min. 55 sec., EMI

Claude Debussy, Mélodies

Sandrine Piau, Jos Van Immerseel

A l'image de la photo de pochette, ce disque cherche moins la pure beauté plastique que l'originalité ou la surprise. On y trouvera cinq mélodies de jeunesse, les ariettes oubliées, les proses lyriques et trois mélodies de 1913 sur des poèmes de Mallarmé. Soulignant l'importance de leur dimension littéraire, François Le Roux - autre chanteur - signe un texte de pochette intelligent et précis pour les présenter.

La voix de Piau n'est certes pas la plus séduisante qu'il soit donné d'entendre dans ce répertoire, mais la Française a une remarquable capacité à incarner ces textes dramatiquement. Et elle bénéficie de l'accompagnement tout aussi inventif de Jos Van Immerseel, sur un Erard 1897 de sa collection. (N.B.)

1 CD Naïve V 4932, 57 min 25 sec., AMG.

L'étoile, airs d'opéras français

Jennifer Larmore

En proposant une sélection d'airs d'opéras français du XIXe - alternant le sublime et le banal -, par la mezzosoprano américaine Jennifer Larmore - dont la voix n'est plus ce qu'elle fut -, le présent enregistrement relève un défi. Il y parvient, avec panache, là où la voix suit les chemins du drame: l'amour de Dalila, ou de Marguerite, la mort de Didon, la consolation de Niklausse. Larmore est moins convaincante dans les oeuvres plus optimistes ou plus légères, Cendrillon, l'Heure Espagnole, et cette fameuse Etoile de Chabrier, où la désinvolture, trop empruntée, prend les allures d'une pose. Reste que la maîtrise est prodigieuse, dans l'intonation, la diction et le sens du théâtre. Outre le plaisir, ce disque offre aussi une leçon. (M.D.M.)

TeldecClassics, 1 CD, 61 min 01 sec.

© La Libre Belgique 2003