Musique / Festivals Auteur de quelques-uns des plus grands standards du genre, le chanteur est décédé samedi à 90 ans.

Charles Edward Anderson Berry Sr., nettement plus connu sous le patronyme de Chuck Berry, a été trouvé chez lui inanimé dans la journée de samedi. Prévenus, les secours ne sont pas parvenus à ramener l’artiste à la vie. Il a été déclaré mort sur le coup de 13h26 a fait savoir la police de Saint Charles, où il résidait dans le Missouri. Il avait 90 ans. Une confirmation venue de la famille est arrivée un peu plus tard dans laquelle on apprenait que la santé de du chanteur s’était récemment dégradée. Si la cause du décès reste inconnue, le fils de Chuck Berry, Charles Jr., avait récemment confié au magazine musical Rolling Stone que son père souffrait d’une pneumonie.

Des standards essentiels

Né le 18 octobre 1926 à Saint Louis, dans le Missouri. Chuck Berry est un des pionniers du Rock&Roll dont on peut affirmer qu’il a établi la grammaire, les nouveaux codes avec notamment les solos de guitare et ses textes consacrés aux préoccupations des adolescents : le sexe, la musique, les voitures, etc. Il est l’auteur d’innombrables succès parmi lesquels "Roll Over Beethoven" (1956), "School Days" (1957), "Sweet Little Sixteen" (1958), "My Ding-a-Ling" (1972) ou encore l’incontournable "Johnny B. Goode" repris par les plus grands depuis des décennies. Chacun de ces titres et bien d’autres sont devenus des standards du genre, des titres si essentiels que chaque rockeur après Chuck Berry se devait de les apprendre.

Influence majeure

Avec son jeu à la guitare, fruit de la fusion du blues et de la country, Chuck Berry a donné naissance à un style innovant que de nombreux jeunes artistes se sont empressés d’imiter. Appelé à prononcer le discours d’introduction lors de l’entrée de l’artiste au Rock and Roll Hall of Fame en 1986, le panthéon du rock, Keith Richards, le guitariste des Rolling Stones, a avoué avoir "volé à Chuck Berry tout ce qu’il a joué." Il n’est pas le seul à avoir fait de celui qu’on surnommait "Crazy Legs" - pour son incomparable et légendaire jeu de jambes - une influence déterminante. Des Beach Boys à Judas Priest en passant par les Kinks, les Doors, Jimi Hendrix, les Sex Pistols et bien d’autres, ils se sont tous allègrement inspirés du patrimoine musical du guitariste pour façonner leur propre musique. John Lennon a on ne peut mieux résumé la chose à la télévision, en 1972 : "Si vous voulez donner un autre nom au Rock&Roll, vous pouvez l’appeler Chuck Berry."

La case prison

Il s’en est pourtant fallu de peu que ce père fondateur suive une autre route. Si tout jeune, il a commencé à apprendre la guitare en jouant du blues, il n’entendait pas en faire son métier. Vivant de petits boulots, il a flirté avec la délinquance avant d’opter pour une formation de coiffeur. C’était pour arrondir ses fins de mois qu’il se produisait dans des clubs. C’est là qu’il sera repéré par le légendaire bluesman Muddy Waters qui le présentera au fondateur du label Chess Records.

La suite, c’est un phénoménal succès. Chuck Berry sort son premier single en 1955. "Maybellene" atteinte la cinquième place dans les charts américains. La carrière du chanteur est lancée et son style entre dans l’Histoire. Le titre figure parmi les premiers tubes du rock roll.

Pendant six ans, Chuck Berry va enchaîner succès sur succès jusqu’à ce que son élan soit brisé net par une affaire de mœurs tournant autour d’une jeune fille de 14 ans. Condamné à de la prison, il passe deux ans derrière les barreaux. Lorsqu’il sort, en 1963, il tente de retrouver sa gloire passée mais la tâche s’avérera nettement plus difficile que prévue.

Un nouvel album après 38 ans d’attente

Ce n’est qu’au début des années 70, après une longue et tumultueuse traversée du désert, qu’il retrouve le sommet des charts avec le tube "My Ding-a-Ling". Un retour en grâce qui ne sera qu’éphémère suite à de nouveaux ennuis judiciaires. Son dernier album en date, "Rock It", est sorti en 1979. Depuis, Chuck Berry ne se consacrait plus qu’à la scène négociant chèrement la moindre de ses prestations.

Le 18 octobre dernier cependant, jour de son 90e anniversaire, l’artiste prenait tout le monde par surprise en annonçant la publication d’un nouvel album intitulé "Chuck", le premier en près de quarante ans. Il devait sortir dans le courant de cette année…



Chuck Berry à la conquête de l'univers

Lorsqu'en 1977, les sondes Voyager 1 et 2 sont envoyées dans l'espace pour explorer les confins de l'univers, elles embarquent chacune un disque d'or destinés aux éventuels êtres extraterrestres dont elles pourraient croiser la route. Ce disque contient des sons et des images dressant un portrait de la diversité de la vie et de la culture sur Terre. A côté des bruits d'animaux, de cris de nourrisson, etc., figure l'enregistrement du mot « bonjour » dans de nombreuses langues et de la musique. Il y a du Bach, du Mozart, du Beethoven, toute une série d'enregistrements que l'on peut qualifier de musiques du monde, et un seul morceau de rock'n'roll : les 2 minutes 38 secondes de « Johnny B. Goode » écrit et interprété par Chuck Berry. Quarante ans après son lancement, Voyager 1 fonctionne toujours et se trouve à plus de 20 milliards de kilomètres de la Terre. Idem pour Voyager 2 qui se promène à plus de 17 milliards de kilomètres de chez nous.

Le prototype bad boy

Chuck Berry n'a pas seulement codifié le Rock & Roll avec son jeu de guitare, ses attitudes scéniques et les propos dans ses chansons, il a aussi, que ce soit intentionnellement ou nom, défini le personnage du rockeur version mauvais garçon. Celui d'un bad boy en pétard avec l'autorité sous toutes ses formes. Alors qu'il n'a pas encore fait de la musique son métier, il écope de trois années à passer dans une école de rééducation à la suite d'une tentative de vol à main armée. En 1961, il est poursuivi et condamné pour s'être adjoint les services d'une mineure d'âge de 14 ans. Il passera deux années en prison. En 1979, il est à nouveau poursuivi pour fraude fiscale et passe trois mois derrière les barreaux. En 1990, il est accusé par plusieurs femmes d'avoir installé un système d'enregistrement vidéo dans les toilettes de son restaurant à Saint Louis. Il ne sera pas condamné en vertu d'un arrangement intervenu entre les différentes parties. En dehors de ses déboires avec la justice, Chuck Berry était également connu pour son caractère irascible et violent quand il n'était pas sur scène, ainsi que pour ses frasques en tournée, comme le fait de demander une limousine sans chauffeur pour se rendre à ses concerts.