Musique / Festivals

Pas besoin de blondeur pour ensoleiller une entrée. Même s’il était midi, dès le sourire de Claire et ses premiers pas dans le Bar du Matin, c’est comme si une seconde fois celui-ci se levait. Du haut de ses 23 ans, mademoiselle Laffut affiche déjà un CV impressionnant : peintre, mannequin, plasticienne, directrice artistique, créatrice d’une marque de tatouages éphémères et de bijoux de peau, de la danse, bientôt du cinéma, déjà un peu de télé

Pourtant, la brunette ne se la raconte pas. Encore intacte, elle semble flotter au-dessus des bonnes choses qui lui arrivent, spontanée mais certainement pas naïve, légère mais déterminée, fraîche, rieuse, mutine, séductrice sans le faire exprès (?) Aujourd’hui, Claire Laffut se mue chanteuse. Elle vient de dévoiler le clip de “Vérité”, premier extrait réussi et plutôt intrigant d’un futur EP, à paraître juste avant ou après l’été. En attendant, tout semble réussir à cette petite belge qui tant et plus attire les yeux et les oreilles à Paris.

Une autre petite Belge qui descend à Paris donc… Mais où as-tu grandi ?

Dans un petit village entre Namur et Charleroi (Moustier-sur-Sambre, ndlR). Je suis partie de chez moi à 16 ans, pour vivre avec mon premier amour. J’avais besoin d’argent, alors j’ai tenté de faire un peu de mannequinat. Vers mes 17 ans, j’ai lancé une marque de faux tatouages (Laclaire) à Bruxelles. Mon père voulait se faire tatouer, il voulait que ce soit un dessin de moi, il stressait un peu… C’est de là qu’est venue l’idée (...) Cela a pris un petit temps pour que mes parents accepte les choix que je faisais et la vie vers laquelle je me dirigeais, mais finalement c'est bien passé. Tous les projets que j'ai menés ici ont toujours été bien accueillis, les gens m'ont beaucoup porté et soutenu… La Belgique c'est ma mère porteuse (rires).


C'est aussi en Belgique que tu rencontres Charlotte Abramow.

Charlotte et moi, on se connaît depuis nos 15 ans. Elle a commencé la photographie dans son jardin, c'était une fille très seule, enfant unique, qui s'est échappé via ses photos. Elle m'a trouvé sur internet, je dois être une des premières filles qu'elle a shooté, mise en scène, maquillée… C'était presque une première pour moi aussi d'ailleurs. Cela nous a rapproché et on est devenues très amies. Tout ça était très innocent, on était très jeunes encore. A l'époque, Charlotte faisait partie des premiers photographes à avoir une page Facebook, etc. Moi, ça m'a permis de d'avoir mes premiers clichés pro, de pouvoir aller les soumettre auprès des agences, de commencer à créer une image publique.

Puis, il y a environ trois ans, direction la France…

Quand mon histoire d'amour s'est terminée, je suis partie vivre à Paris vers mes 19 ans, histoire de me découvrir un peu. Je suis allée rejoindre ma pote Charlotte Abramow qui, elle, étudiait aux Gobelins. J'avais soif d'épanouissement, je voulais créer mon truc à moi. Après trois années là-bas, les Français commencent à me remarquer. Mais je me sens Belge, plus encore depuis que je n'y suis plus, même si j'avais plus de mal étant jeune, dans ce petit village que mon papa appelait "trou à rats".

Ce sont tes parents qui t'ont donné le goût de l'art, de la culture, de la création ?

On ne peut pas vraiment dire que j'ai grandi dans un univers artistique. Ma mère est coiffeuse, mon père travaille dans le bâtiment… Mais ça ne veut pas dire qu'ils n'avaient pas l'âme artistique. Mon père est mélomane, il a une énorme collection de vinyles , il est fou de musique – des dernières pépites techno de Berlin à Fela Kuti – , fou de brocante aussi… Il a un mode de vie artistique. Quand il était jeune, il a été pas mal bercé par la culture gay également, puisqu'il ne savait pas encore trop s'il était homo ou hétéro à l'époque. Il m'a beaucoup inspiré. Ma mère, elle, était plus terre-à-terre. C'est elle qui m'a poussée à faire de la danse, du théâtre, du piano… Elle me conduisait tous les jours à mes activités.


Aujourd'hui, tu mets le cap sur la musique, une discipline que tu n'avais pas encore essayée.

A Paris, je n'étais pas sensée faire de la musique. C'est une nouvelle rencontre et une nouvelle romance qui m'y ont menée. Mon copain est musicien et il m'a fait entrer dans son univers... Il n'était pas pour au départ. Un jour, j'ai débarqué dans son studio, je me suis mise à chanter et ça lui a plu. C'est moi qui écrit les textes.

Dessin, modeling, notes… D'aucuns diraient que tu t'éparpilles. N'est-ce pas trop de choses menées de front ?

Jusque-là, je n'ai pas vraiment établi de stratégie, puisque tout ce que j'ai fait a été le fruit de rencontres, de passions… J'ai rencontré ce producteur, on a fait un titre, puis finalement on en a enregistré douze parce qu'on n'arrivait pas à s'arrêter. A la base, c'était plutôt spontané, ça a fait parler et c'est Universal qui m'a appelée. Pour l'instant, j'ai toujours suivi mes envies du moment, mais je sais qu'il va falloir un minimum s'organiser. Ma seule stratégie pour l'instant est d'exploiter tout ce que je fais en même temps… J'ai tourné récemment dans un film qui va sortir, et je compte poursuivre le cinéma (La jeune fille ayant fait une école de théâtre à son arrivée à Paris). Je vais continuer à peindre, et il y aura un tableau lié à chacune des chansons du futur disque. Du coup, pour sa sortie, j'organiserai une expo… J'ai toujours fait plein de choses simultanément, et souvent on a pensé de moi ou l'on m'a dit que je ne savais pas ce que je voulais. Mais je sais très bien ce que je veux.

Es-tu attirée par la célébrité ?

Pour moi ça a une connotation moche. Quand j'entends célébrités, je pense à des gens qui auraient mal tourné (rires).

Les paillettes alors ?

Qui ne l'est pas ? Je mentirai si je disais le contraire.

Tout le monde ne l'est pas... En présence d'une caméra, certains se planquent, d'autres sautent à pied joints derrière la personne filmée. Laquelle des deux tu serais ?

Je peux me mettre derrière, sur la pointe des pieds, mais seulement si j'ai des choses à dire ou à montrer. Et puis, si les paillettes me permettent d'offrir quelque chose à ma mère qui galère depuis des années... Ça aussi, ça m'attire. Connu pour connu, j'ai du mal s'il n'y a rien derrière.

Qu'est-ce qui te fait vibrer ?

La création ! Peinture, chanson, dessin… Mettre en œuvre ou en forme des sentiments ou des sensations que je veux exprimer.

Qu'est-ce qui te fait peur ?

Ne pas être bien reçue, ne pas être comprise surtout. Mais je suis assez confiante… Cela fait un an que je me prépare à tout ça, et je trouve ça bien fait (sourire).