Musique / Festivals Le Roi et la Reine, Elgar et Tchaïkovski, et, bien sûr, Chostakovitch.

C’est l’exercice traditionnel du Concours Reine Elisabeth : un ultime tour de piste pour les lauréats classés, en compagnie d’un autre orchestre et, si possible, dans un autre concerto que celui présenté en finale. Après le concert donné mardi par Brannon Cho, Ivan Karizna et Aurélien Pascal, respectivement sixième, cinquième et quatrième lauréats, en compagnie de l’OPRL dirigé par Christian Arming, c’était au tour de trois premiers à se produire, cette fois en compagnie de l’Antwerp Symphony Orchestra (ex-deFilharmonie) placé sous la direction du chef chinois Muhai Tang. Cela se passait jeudi, au Bozar, en présence des souverains.

Le concert s’ouvrit avec le Colombien Santiago Cañon-Valencia, qui avait eu la bonne idée de donner le concerto d’Elgar - hélas absent de la finale - et d’ainsi enrichir les impressions du public. On renoua d’emblée avec les sonorités pleines, chaleureuses et puissantes du musicien, avec son incroyable maîtrise, sa stabilité rythmique, son autorité et cette façon de rendre la musique claire et lisible, notant un excellent contact avec l’orchestre, en particulier avec la première clarinette dont les timbres répondent si bien à ceux du violoncelle.

A l’autre bout de la galaxie, le Japonais Yuya Okamoto, avait mis à son programme les Variation Rococo de Tchaïkovski, un opus tout de virtuosité et de charme, dans lequel il se déplaça comme en apesanteur, mêlant légèreté et profondeur, dans un sourire adressé tantôt au chef, tantôt à la première violoniste. Mais au-delà de l’insolente impression de facilité, le musicien est bien de ceux qui touchent naturellement à la poésie, ou à la lumière, comme on veut, notamment par son esthétique sonore, fine, irisée et frémissante, régulièrement reliée aux solistes de l’orchestre. Un ange et un passeur.

Troisième musicien de la soirée, et premier lauréat de cette session historique, le Français Victor Julien-Laferrière re-présenta le fameux concerto de Chostakovitch, mais dans un environnement sensiblement différent de celui du Brussels Philharmonic, à la fois plus compact dans les masses orchestrales et plus délicates dans les interventions solistes. Il y fut toujours aussi à l’aise (quoiqu’il le dénie en off…) et inspiré, liberté et fatigue faisant ici bon ménage. Ce qui lui valut une standing ovation consacrant sa place dans le cœur du public.

Dernier cadeau de la soirée, un bis en trio - délicieuse cantilène sur fond de pizzicatos - souligna que le violoncelle avait décidément toutes les vertus.