Musique / Festivals Chaque année, du 28 juillet au 15 août, un petit village du Gers accueille l’un des festivals de jazz les plus renommés d’Europe dans un cadre rural et authentique. En quarante ans, des jazzmen aussi illustres que Wynton Marsalis, Ellis Marsalis, Dizzy Gillespie, Ray Charles, Herbie Hancock, Dee Dee Bridgewater, Chucho Valdes ou encore Avishai Cohen se sont produits à Marciac. De quoi sauver cette petite bourgade isolée et longtemps menacée par l’exode rural de sa population.

La route qui mène à Marciac est longue, très longue. Après une bonne heure de trajet au départ de Toulouse, le minibus n’a d’autre choix que d’emprunter les petites routes de campagne où il serpente longuement entre les champs de tournesols et les vignobles emblématiques du Gers. Luxuriante mais un rien assoupie, la région semble essentiellement offrir aux vacanciers fatigués une merveilleuse occasion de se reposer et de se sustenter à outrance à grands coups de vin, d’Armagnac et de canard.

Mais voilà qu’au détour d’une colline, émerge le petit village de Marciac, son église, sa boulangerie, son bar tabac… Et ses 220 000 festivaliers estivaux. Aussi surréaliste que cela puisse paraître, il règne dans cette charmante bourgade de 1350 âmes une effervescence digne des plus grands rassemblements culturels d’Europe. De fin juillet à mi-août, les ruelles sont envahies d’échoppes, de musique et de badauds. Les restaurants sont pleins à craquer et il est illusoire de vouloir entrer en voiture dans le centre car le moindre espace a été réquisitionné par le "Jazz in Marciac". L’un des plus grands festivals de jazz au monde, qui s’est offert le luxe de convier pour cette seule édition 2017 des artistes tels que Norah Jones, Herbie Hancock, Dee Dee Bridgewater, Chucho Valdes, Avishai Cohen, Joshua Redman ou encore Wynton Marsalis, qui revient chaque année depuis plus de vingt ans.

Dizzy Gillespie : "Maintenant vous êtes sur la carte"

Il y a quelques dizaines d’années, personne n’aurait pourtant osé miser un franc sur un tel scénario. Au début des années 70, Marciac est l’illustration même de la petite bourgade de province livrée en pâture à l’exode rural faute d’activités, d’infrastructures et de débouchés professionnels en suffisance. A l’image de ce que l’on voit dans d’autres localités isolées, la population se vide, les jeunes quittent le bled pour la ville, et les statisticiens prédisent au village une mort lente et douloureuse.