Musique / Festivals

Passé l’innocence virginale de la découverte, « Sublimation » d’Hosokawa résistera-t-il à l’épreuve de la répétition ? En écoutant Brannon Cho, deuxième candidat de la soirée, on se dit tout à la fois que l’orchestration de la pièce est luxuriante à souhait, mais qu’il n’est pas facile pour le soliste de s’extraire de la masse en faisant valoir ses sonorités, surtout dans le registre aigu, souvent sollicité.

Là où Sihao He avait joué l’imposé de mémoire – performance qui mérite d’être relevée, même si elle n’a pas automatiquement pour effet de rendre l’exécution plus habitée – Cho l’aborde avec la partition sous les yeux, ce qui sera sans doute la norme de la plupart de ses collègues. Son approche est celle d’un combat, d’un défi, mais où il semble garder la maîtrise, et ses tempi plus rapides que son prédécesseur. A l’issue de cette deuxième exécution, on se dit que, aussi prestigieux que soit le compositeur, on reste face à un morceau de concours, qui vise à mettre en valeur la technique plus que l’expressivité. On attend notamment de voir qui réussira à habiter réellement le passage en pizzikoto.
En demi-finale, Cho avait donné une lecture superbe de la sonate en ut majeur de Prokofiev. Son choix du premier concerto de Chostakovitch vient confirmer ses affinités avec l’univers culturel particulier de la musique russe du XXe siècle.

L’allegretto est abordé dans le même mode combatif que l’imposé de Hosokawa. Le jeune Américain pointe toujours ce menton volontaire, mais on retrouve aussi dans son jeu la même force tranquille et sereine. Son Moderato est superbe d’intensité, avec une grande économie de moyens et une véritable poésie, soutenue avec la discrétion idéale par Denève et ses troupes. La grande cadence vient s’enchaîner sans respiration, et on reste fasciné par le contraste entre la paix intérieure qui semble irriguer le visage du candidat et les gouttes de transpiration qui coulent tranquillement le long de ses oreilles. La technique est souveraine, et le retour de l’orchestre pour l’Allegro final est un grand moment, prélude à un final flamboyant.