Musique / Festivals

Un mercredi après-midi captivant, dominé par la personnalité étonnante d'Ivan Karizna

Impériale ! C'est ainsi que se présente la Japonaise Ayano Kamimura, 27, non seulement dans l'allure mais encore dans sa façon d'entrer dans ce concerto n°1 de Haydn qui ouvre la séance de mercredi après-midi. Encouragée sans doute par son magnifique Goffriller, la candidate aura tendance à tout jouer en pleine puissance, quitte à louper quelques traits, mais l'adagio révélera que, pour construire un discours et susciter l'émotion, l'ivresse du son ne suffit pas. Le meilleur viendra dans un finale pris à vive allure, enjoué, impeccable.

Dans ce même concerto n°1, le Français Aurélien Pascal, 22 ans, introduit une multitude de propositions, avec des succès inégaux, mais toujours dans des sonorités franches et brillantes, et avec un maximum d'engagement et d'imagination. A cet égard, l'Adagio se présente comme un moment de ferveur qui ne mettra que plus en valeur un finale débridé, pris à tombeau ouvert, avec le premier violon et le chef - tous deux au taquet- pour parapet de sécurité. Humour "alla" Haydn.

Lors du premier tour, le Biélorusse Ivan Karisna, 25 ans, fut parmi les candidats les plus marquants et son approche de la Suite n°6 de Bach suffit à le faire comprendre : le jeune musicien s'y glisse comme si elle existait de toute éternité. Naturel, simplicité et effacement de sa subjectivité - trait paradoxal à priori - semblent guider sa position d'artiste, ce qui s'inscrit dans le droit fil des intentions de Prokofiev lorsqu'il composa sa sonate op. 119. Avec Takashi Sato au piano, Ivan en donne une lecture à la fois évidente et toute neuve, notamment par la fluidité du discours, la beauté des sonorités, lumineuses plutôt que brillantes, et l'incroyable liberté que lui permettent ses moyens techniques illimités. Très investie, la pièce d'Annelies Van Parys oscille entre le combat (sans danger lorsqu'on le comparera à la version suivante...) et l'extase, avant la pièce de Popper, même qui nous enchanta hier soir, balancée comme une petite blague.

Beaucoup plus classique, mais d'une maturité impressionnante, l'Autrichienne Julia Hagen, 21 ans, renoue, dans sa façon de jouer Bach (suite n°3) avec un art vigoureux, objectif et centré sur l'écriture harmonique. La pièce d'Annelies Van Parys, menée dans un enchaînement de paroxysmes, confirme une personnalité qui sait ce que elle veut et a les moyens de l'exprimer. Donnée sur le mode épique, la sonate op. 40 de Chostakovitch bénéficiera d'une approche généreuse et maîtrisée, avec un largo tendu, intense, magnifique, et les redoutables pyrotechnies de Wieniawski (transposées du violon) dévoileront , en plus, le versant léger (sauf du point de vie technique...) de la jeune musicienne.


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