Musique / Festivals La basse Ao Li et le baryton Germán Enrique Alcantara jouent la carte du spectaculaire.

La première soirée de cette finale s’ouvre avec l’une des personnalités marquantes de ce concours, la basse chinoise Ao Li, 30 ans, qui, depuis le premier tour, nous est apparu comme un roc sur le plan vocal et un vif-argent sur le plan théâtral. Les langues de l’opéra n’ont pas de secret pour lui : il commence en français, avec l’air de Ralph (Bizet), renouant d’emblée avec la puissance et la richesse de timbre qu’on lui connaît déjà, mais sur un mode assez convenu (peut-on y échapper ?).

L’exercice est autrement périlleux avec l’air de Bartolo (Barbiere, de Rossini), tant pour le finaliste que pour l’Orchestre symphonique de la Monnaie, placé sous la direction d’Alain Altinoglu (dont ce sont les débuts au concours). Ao Li s’y lance à corps perdu, dans un tempo aux limites de l’explosion, et en sort triomphant… Petit repos avec l’air désolé de Colline (qui ne pleure ici que sur son manteau, Mimi vit toujours…) de Puccini, avant les effusions poignantes d’Aleko (Rachmaninov) inscrites dans le droit fil d’un tempérament généreux et, en tout, surdimensionné.

Les couleurs de Korngold

Très décontracté, le baryton argentin Germán Enrique Alcantara, 30 ans lui aussi, a choisi Mozart et l’air du Comte (Nozze) pour ouvrir son concert : le timbre est riche, la voix puissante et bien projetée mais, dans sa version, l’indignation du personnage est monolithique et sans surprise. L’air de Frank (Die tote Stadt de Korngold) fera entendre beaucoup plus de nuances, d’émotion et, partant, de couleurs, même si l’approche reste assez convenue. Troisième langue, avec une des Chansons de Don Quichotte à Dulcinée de Ravel, exercice sensible qui, dans ce cas, restera assez exotique, dans la prononciation et dans le climat. Le chanteur se révélera plus à l’aise dans l’air de Riccardo (Il Puritani de Bellini) où l’on ne pourra qu’admirer sa capacité à soutenir, la grande ligne propre à l’écriture bellininienne et même à y introduire du sens. Il allait de soi que le chanteur placerait l’air dit "du Factotum" de Rossini - celui de toutes les outrances, avec comique garanti - en fin de prestation. Tout y sera formidable de vélocité, d’énergie et même de maîtrise mais, convenons que notre pétulant baryton ne fait ni dans la finesse ni, et c’est notre principale réserve, dans l’invention.