Musique / Festivals

Dès les premières mesures de « A Butterfly’s Dream », Atsushi Imada, 25 ans, a les yeux rivés sur sa partition. Il a d’ailleurs requis l’assistance d’un des régisseurs de l’orchestre pour lui tourner les pages et, tout au long de son exécution, gardera la même posture extrêmement concentrée. Hasard ou pas ? La sonorité se révèle moins franche et, dès le début, le candidat japonais peine à s’imposer face à l’orchestre dans les tutti. C’est dans les cadences qu’il semble le plus à l’aise, révélant dans l’œuvre de Ledoux un versant ludique, parfois presque jazzy, qu’on n’avait pas encore découvert. Mais il faudra attendre la deuxième cadence pour ressentir une part de rêve et d’émotion dans cette lecture un peu trop littérale : contrat rempli, mais sans grand apport personnel.

L’approche est tout autre dès le début du deuxième concerto de Prokofiev. Imada aime visiblement l’œuvre et s’y sent à l’aise, au point de donner une emphase un peu ostentatoire à l’énoncé du premier thème. La suite de l’andantino confirme une technique brillante, mais une approche parfois grandiloquente.

Le scherzo montre le Japonais à son meilleur : virtuose, mais aussi interprète habité vivant la musique de tout son corps, avec notamment une étonnante façon de muer la musique des lèvres tout en reproduisant en regards et grimaces chaque inflexion de la partition. Même aisance dans l’intermezzo, donné avec une dimension peu bravache : il y a chez Imada un côté presque cabotin par moment. L’entente avec Marin Alsop et l’orchestre semble excellente, et les musiciens du National se montrent en belle forme.

Sur les écrans placés, comme à Flagey, de part et d’autre de la scène – mais cette fois la caméra film de trois-quarts arrière, et non d’au-dessus –, on suit avec fascination les mains du pianiste évoluer avec un mélange de rigueur et d’aisance. Abordé au tempo démoniaque qu’il se doit, le final trahit parfois quelques imprécisions, et sans doute peut-on rêver cadence plus originale, mais l’impression générale est des plus positives. Imada est un finaliste aux moyens solides qui a su choisir le concerto qui lui convenait bien. On brûle déjà de comparer avec son interprétation celles que donneront du même concerto Hans Suh ce mardi et Henry Kramer samedi : ce deuxième concerto de Prokofiev sera, au même titre que le troisième de Rachmaninov, une des œuvres phares de cette session 2016.