Musique / Festivals

La demi-finale de ce vendredi soir. 

Mardi dernier, Santiago Canon-Valencia n’avait pas montré d’affinités particulières avec Bach. Le début de son concerto en ut majeur, donné avec ce qu’il faut de maîtrise technique et de force mais de façon un peu distante, font craindre qu’il n’en ait pas vraiment plus avec Haydn Il faut attendre la cadence du premier mouvement pour voir le Colombien de 22 ans s’impliquer un peu plus, et pour cause : elle est de sa main. L’adagio, et sa cadence finale, poursuivront sur un même chemin d’intériorité avant de laisser place à un allegro débridé mais sans surprise, si ce n’est quelques accrocs

Irena Josifoska a, elle, choisi le deuxième concerto en ré majeur. On sent une volonté de bien faire, que ce soit dans le dialogue avec Frank Braley ou dans la recherche d’expressivité, mais le résultat reste pour l’essentiel cantonné aux mimiques et à un vibrato insistant, et peine à émouvoir. Et, surtout, la jeune Serbo-Hongroise de 20 ans semble paralysée par l’enjeu : les phrasés restent souvent scolaires, plusieurs attaques manquent de précision et l’intonation est plus d’une fois prise en défaut. Ici aussi, la cadence – maison – permettra à la candidate de reprendre pied. Mais, une fois passé le havre de paix de l’adagio, les démons du premier mouvement ressurgiront dans le troisième.

Brannon Cho réussit à insuffler un rythme de danse dès le prélude de la sixième suite de Bach, et on est captivé par la rondeur de sa sonorité et la générosité de son approche. Ni romantisante ni baroqueuse, son approche est un séduisant moyen terme qui rappelle le regretté Heinrich Schiff. L’Américain de 22 ans maintient l’attention – et la tension – avec une formidable lecture de la sonate en ut majeur de Prokofiev : andante intense, moderato empreint d’un humour gentiment sarcastique et allegro final brillant mais sans esbroufe.

Cho est un chambriste accompli, qui ne se met pas indûment en avant et privilégie l’équilibre avec son pianiste, l’excellent Victor Santiago Asuncion. Il arrive d’ailleurs aussi à faire de « A chacun sa chaconne » un véritable moment de musique de chambre, tout en en explorant toutes les possibilités sonores. Œuvre virtuose d’une esthétique aujourd’hui désuète, la paraphrase de Castelnuovo Tedesco sur le « Largo al factotum » du « Barbier de Séville » de Rossini n’est certes pas la musique la plus raffinée qui soit, mais il s’en acquitte avec panache et (presque) sans verser dans le kitsch.

Elève de Natalia Gutman – membre du jury – et dégaine romantique de petit frère du jeune Richard Strauss, Thomas Michael Auner joue la même suite n° 6 de Bach que son prédécesseur. Mais la sonorité est moins ample – un instrument n’est pas l’autre – et certaines notes manquent d’appui ou de précision. Pourtant, l’approche de l’Autrichien, historiquement inspirée, ne manque ni de pertinence ni de séduction.

Même sentiment d’intelligence, mais aussi de quelques limites techniques, dans un imposé de Van Parys par ailleurs bien enlevé, ou dans l’opus 70 de Schumann, idéalement enfiévré mais obéré par des problèmes d’intonation. Dommage, car une très belle sonate de Kodaly confirme une puissante sensibilité. Avant que la périlleuse Humoresque de Rostropovitch rappelle ce rapport incertain à la justesse.