Musique / Festivals

Six bijoux de récitals, où Vero Miller et Li Ao gagnent des points.

L’Allemande Vero Miller, bientôt 25 ans, ouvre sur un air de Haendel dans lequel son timbre chaleureux, son habileté à vocaliser et son tempérament volcanique font merveille, notant l’un ou l’autre dérapage véniel. Schumann et Verdi feront ensuite découvrir un legato jusqu’ici inédit, Leoncavallo et Menotti attestant, en plus, un formidable pouvoir dramatique, toujours porté par une voix somptueuse et maîtrisée. Cette demi-finale commence fort.

Le Canadien Iain MacNeil, baryton de 27 ans, maintiendra le niveau, campant un Figaro (Mozart) partagé entre fureur et désespoir et y jetant ses immenses moyens, richesse du timbre, homogénéité de la voix, sens du texte, puissance, mordant ! Ce qui n’exclut pas la douceur que l’on rencontrera dans Vaughan Williams ou dans Mahler. Dommage que la mélodie de Castaldon et surtout Erlkönig de Schubert soient donnés sur le mode uniment paroxystique.

Moment jubilatoire, ensuite, avec l’incroyable basse chinoise Li Ao, que nous avions traité un peu vite d’ovni et qui se révéla « on the point » dans chaque répertoire, porté par d’impressionnants moyens vocaux. L’air de Bartolo (Mozart ), volubile et burlesque à souhait, Schubert et Tchaïkovski, un brin emphatiques mais très bien conduits, et l’air poignant de Philippe II (Verdi) confirmèrent la capacité du candidat à se jeter tout entier dans son art et à soulever son public.

Unique soprano

Belle idée du baryton argentin German Enrique Alcantara, 30 ans, s’ouvrir son récital avec une mélodie de Korngold : la voix est magnifique mais le candidat s’y cantonne et néglige le pouvoir du texte, c’est flagrant dans Fauré et dans l’air de Wolfram, mais Strauss et surtout Ortega le découvriront beaucoup plus engagé.

La Coréenne Sooyeon Lee, 29 ans, est la première soprano du jour. Sa jolie voix de colorature semble soudain très légère mais c’est dans la manière de la candidate qui abordera chaque répertorie - Haendel, Mahler, Strauss où Mozart - avec une souriante perfection, gardant stratégiquement les folies pour la fin, avec l’air de Flakermilli (Strauss).

Avec l’air de Torquato (Donizetti) le baryton ukrainien Danilo Matviienko, 27 ans, atteste qu’il sait ce qu’il chante et a tous les moyens de le communiquer, dont un timbre riche et chaleureux (et une belle dégaine de sportif). Irrésistible en Giuglielmo, il prend le risque d’enchaîner trois mélodies de même climat (Medtner, Glière) et une quatrième de Sviridov qui ne changera pas la donne.