Musique / Festivals

Timbre envoûtant et économie de moyens : la mezzo-soprano française Eva Zaicik transcende la soirée.

Injuste ? Quelques mesures chantées par Eva Zaicik suffisent à oublier celles qui l’ont précédée : déjà finaliste du dernier Concours Voix Nouvelles, la mezzo-soprano française envoûte dès « La chevelure » de Debussy. Pauline de « La dame de pique », Siebel de « Faust », un Vivaldi ressuscité, un bouleversant Mahler et un brillant « Folk song » de Berio seront autant de moments d’exception : sans forcer la puissance ni le jeu, par l’intensité et la rondeur de son timbre chaleureux, par l’intelligence du texte, Zaicik fascine la salle.

Les quatre sopranos passées avant n’ont pourtant pas démérité. Rocio Perez, 27 ans propose juste trois airs d’opéra, dont deux Verdi assez proches. On admire la puissance impressionnante, l’homogénéité des registres, la technique souveraine et un vrai sens théâtral culminant dans la scène de folie d’Ophélie dans « Hamlet » d’Ambroise Thomas. Mais il y a aussi chez l’Espagnole des aigus parfois criards et quelques accrocs d’intonation récurrents.

Deux airs d’opéra et cinq mélodies, le programme d’Irina Jae-Eun Park, 30 ans, est plus diversifié. L’expressivité est à son sommet dès le début, mais la voix, bien projetée, trahit un vibrato assez large pour une chanteuse encore jeune. Même si son style est discutable en Pamina, parfois à la limite du surjoué mais finalement touchant, l’investissement dramatique passionné de la Coréenne sied parfaitement aux mélodies d’Obradors et Ullmann, et sa Liu dans « Turandot » se révèle intense et pudique à la fois.

Felicitas Frische, 31 ans révèle un fort tempérament dramatique mais aussi une intonation parfois approximative dans trois mélodies à pleine puissance (Liszt, Schubert et Strauss). Signés Mozart et Puccini, les deux airs d’opéra de l’Allemande ne convainquent pas totalement, malgré un timbre rond et soyeux à souhait.

Paillettes à profusion sur le bustier et jusque sur les paupières, Soo Yeon Lim incarne Susanna soubrette mais plate, et une Zerbinetta straussienne brillante mais au premier degré qui décline peu à peu.

Seul candidat de la soirée, Sunghoon Choi incarne joliment Giulio Cesare de Haendel, mais ses dictions française et allemande imparfaites ne permettent pas au contreténor coréen d’emporter complètement la conviction dans les mélodies de Debussy ou Schubert.