Musique / Festivals

C’est au benjamin de cette session, Stephen Waarts, 18 ans, qu’il revient de clôturer la semaine. Avec sa haute silhouette efflanquée, il a pratiquement le visage à même hauteur que celui de Marin Alsop, pourtant juchée sur son estrade. Dans «… aussi peu que les nuages… », le Hollando-Américain se montre d’une grande maturité, dominant la partition avec aisance et sérénité.

D’emblée, le candidat établit un contact direct et fructueux avec Marin Alsop et l’orchestre, un lien qui se poursuivra tout au long du deuxième concerto de Bartok. Avec, à nouveau, le même sentiment de facilité souriante et décontractée : presque paradoxal, à un niveau pareil dans un des concours musicaux les plus exigeants au monde. Car, à la clé, il y a le risque que, peu à peu, cette décontraction finisse par passer pour un manque d’engagement.

Ce serait injuste, car la prestation est remarquable: légèreté et ductilité de l’archet, précision des attaques, qualité du son, il n’y a rien à reprocher au candidat. Mais en plus, Waarts ne triche pas : il joue l’œuvre, rien que l’œuvre. Comme si, à peine sorti de l’adolescence, il avait appris tout l’essentiel – la musique – mais pas encore l’accessoire, c’est-à-dire le théâtre interprétatif qui l’accompagne.

Le mouvement lent est un miracle de simplicité, pleinement conforme en fait au prescrit de Bartok qui l’a noté « Andante tranquillo ». Et l’allegro final, empreint d’un humour facétieux, est la conclusion parfaite d’une interprétation hors normes que le jury saura récompenser.

(Nicolas Blanmont)


Lim, immense musicienne et violoniste accomplie

Ji Joung Lim, 20 ans, est, des trois Coréennes présentes à cette finale, la seule à avoir été formée entièrement dans son pays natal, diplômée de l'université des arts de Séoul où elle fut l'élève de Kim Nam Yun. Elle est aussi, avec Stephen Waarts, 18 ans, (second finaliste du jour), la cadette de la session... Elle s'empare de la pièce de Jarrell avec naturel et détermination, respectant le tempo rapide demandé par le compositeur sans se jeter à corps perdu dans l'affaire, parvenant toujours à respirer, projetant magnifiquement le son, et glissant même un trait d'humour dans sa dernière phrase.

L'orchestre semble avoir décidé de donner le meilleur pour le quatrième et dernier concerto de Brahms de la semaine et c'est portée par une introduction très soignée que la jeune musicienne énonce la première phrase d'un discours dont on pressent déjà qu'il sera captivant et beau. Au-delà d'une technique qui permet tout, la conduite est ample et généreuse, les sonorités raffinées, la musicalité cultivée. Rien, chez Ji Young, n'est instinctif mais tout est naturel, et tout semble inné, y compris un lien profond avec Brahms. Après une superbe cadence, les retrouvailles avec l'orchestre sont célestes. Un orchestre perceptiblement sensible au jeu de la violoniste et qui lui offre un support attentif - bois en phase et en subtil dialogue avec le violon - au cours d'un adagio simple et poignant. Et tout en renouant avec la virtuosité - même si le mot ne signifie pas grand-chose dans ce cas - le finale donne à la jeune Coréenne l'occasion de démontrer sa capacité à la fois à construire et à raconter, jusqu'au bout. Et à mener son public au comble de la joie !

Ji Young Lim mérite d'être placée très haut, à deux heures de la proclamation, on croise les doigts.

(Martine D. Mergeay)