Musique / Festivals

Le troisième Dvorak est nippon, simple et décontracté.

Les fossettes malicieuses en embuscade derrière le manche de son instrument, les grandes lunettes (certes, carrées plutôt que rondes) ou la mèche de cheveux noirs jais devant les yeux : Yoya Okamoto est-il le cousin nippon d’Harry Potter ? Le jeune Japonais n’a pourtant pas besoin de sorcellerie pour aborder le « Sublimation » de son compatriote Toshio Hosokawa, qu’il traverse avec une assurance sereine et le sourire aux lèvres. Embrassant du regard sa partition, il n’a même pas besoin de tourner les yeux vers la gauche pour savoir qu’Hagrid Denève veille sur lui.

Entre eux, la symbiose est parfaite, même si on aimerait parfois que le chef français réduise le volume de son Brussels Philharmonic pour mieux entendre le soliste, constamment en recherche de la nuance juste. Le désormais fameux passage sans archet du milieu reste pizzicato plus que pizzikoto, les vibratos réalisés n’étant pas toujours payés de l’effet sonore escompté, mais Okamoto impose une lecture à la fois rapide et légère : sans bouleverser, le résultat ne manque ni d’allant ni d’allure.

Le même parti-pris de simplicité et de décontraction fera merveille dans le concerto en si mineur de Dvorak. A 22 ans seulement, le candidat sait doser très précisément chaque toucher et chaque attaque pour atteindre l’effet juste sans jamais forcer la dose. Et il sourit sans cesse. Mais là où Christine Lee adressait aux étoiles ses sourires extatiques, son collègue japonais réserve à ses collègues musiciens un sourire complice de vieux routier à qui on ne la fait plus et qui gère tranquillement. Comme si ce concerto tchèque composé dans le nouveau monde nous disait déjà, avec un demi-siècle d’avance, « Let the good times roll ».

Donné avec la même économie de moyens, l’adagio central émeut forcément, mais d’une émotion tout en pudeur, comme une larme furtive qu’on essuie vite mais qui fait se sentir bien. L’allegro final reste sobre et élégant : son instrument – un beau Testore de 1746 – n’est pas le plus puissant, mais le candidat a l’honnêteté de ne pas chercher à le gonfler. Une lecture tout à la fois intelligente et intègre.