Musique / Festivals

Seule rescapée de la délégation coréenne, Sooyeon Lee ouvre la deuxième partie de la soirée avec une prestation assez courte de trois airs seulement. Dans une robe bustier en mousseline pêche parsemée de paillettes, elle commence avec « Vorrei spiegarvi, oh Dio », un air de concert écrit par Mozart pour sa (future) belle-soeur qui le chanta dans un opéra de Pasquale Anfossi à Vienne en 1783. La voix est pure et cristalline, le vibrato appuyé mais bien contrôlé. Mais la beauté du legato se perd parfois dans des suraigus un peu tendus, et les registres medium et grave sont moins bien projetés.

Vient ensuite le fameux “Caro nome” de Gilda dans “Rigoletto” de Verdi, où la Coréenne se montre à son meilleur par l’aisance de sa technique, la précision de ses attaques et la richesse de ses nuances. Le bouquet final sera en français (diction correcte, mais consonnes manquant de présence) avec « Les oiseaux dans la charmille », la fameuse chanson d’Olympia dans « Les Contes d'Hoffmann » d’Offenbach. Virtuosité confondante, maîtrise parfaite des sauts d’intervalles et ce qu’il faut de show (poupée mécanique oblige), mais avec une intonation un peu moins irréprochable.

Smoking à col châle soigneusement boutonné, la pose conquérante, Danylo Matviienko poursuit la soirée en français avec le « Voici des roses » de « La damnation de Faust » de Berlioz. Alain Altinoglu et son Orchestre ont beau jouer avec toutes les nuances voulues, la voix du baryton ukrainien peine un peu à passer la rampe.

Offrant un programme aux esthétiques diversifiées (et qui plus est quadrilingue) mais aux tonalités uniformément sombres, il poursuit avec « Look through the port », un très bel extrait de « Billy Budd » de Britten. Le phrasé est raffiné, l’expressivité intense : un véritable moment d’émotion, tout comme le sera « Wenn mein Schatz Hochzeit macht », un des « Lieder eines fahrenden Gesellen » de Mahler même si, cette fois, les limites de projection de la voix se font sentir de façon plus tangible.
Le temps de se retourner brièvement et d’enlever son nœud papillon (pour mieux respirer ?) et Matviienko conclut avec la cavatine d’Aleko, de l’opéra éponyme de Rachmaninov, que Ao Li avait chanté plus tôt. Sa lecture est inspirée, mais plus sobre et moins investie que celle de la basse chinoise.