Musique / Festivals

Avec un récital exemplaire, en allemand, Samuel Hasselhorn se place au niveau des plus grands.

Au premier tour, nous avions adoré la prestation de la Française Axelle Fanyo, 29 ans, dans deux pièces sur mesure, entre ironie et poésie. Mais la voici dans des répertoires nettement plus classiques : sa vision d’ « Erlkönig » de Schubert, donné en pleine puissance, en forçant le trait sur les trois voix en présence, frise la caricature, tout comme l’air de Vitellia, de Mozart, mené d’un bout à l’autre dans l’outrance, sans compter le caractère corsé pour ne pas dire strident de la voix. Axelle Fanyo est un genre (artistique) à elle seule, ça passe ou ça casse. Mais l’extraordinaire « Verlassen » de Schoenberg fera mieux que passer et la Dame de Monte-Carlo de Poulenc renouera avec ce qu’on peut bien appeler le génie - et l’humour ravageur - de cette artiste hors format.

Cette soirée est aussi celle des candidates belges, la première sera la soprano Charlotte Wajnberg, 28 ans, accompagnée (au piano) par son époux Aaron Wajnberg. Après une aimable mise en voix avec « Le Bal des fleurs » de Joseph Jongen, elle se lance dans l’air de Musetta (Puccini) avec maîtrise et panache, en dépit d’aigus assez durs. Les accents intimistes et passionnés de Suleika de Schubert et, ensuite, de l’air d’ Azael de Debussy, lui conviennent mieux tout en mettant en valeur la beauté et la noblesse de son timbre. Et l’air « du Téléphone » de Menotti renouera avec l’esprit de fantaisie déjà apprécié dans Poulenc au premier tour.

Enfin, un peu de baroque français dans ce concours qui n’entendit jusqu’ici pas une note : la soprano française Dania El Zain, 28 ans, se lance à corps perdu dans l’air de la Folie ( Platée de Rameau) hélas trop rapide, trop fantasque, trop tendu et, partant, inintelligible. L’air de Servilia (Mozart) lui permettra d’atterrir avant un envol plus flatteur qui se poursuivra sur les ailes favorables de Schubert et laissera s’épanouir la voix fine et lumineuse découverte au premier tour. Et le deuxième air de folie - celui d’Ophélie (Hamlet d’Ambroise Thomas) - attestera non seulement une fameuse maîtrise de soi mais des qualités techniques et musicales de premier ordre.

A 23 ans, le ténor roumain Georges Ionut Vîrban est un des plus jeunes candidats du concours, retenu pour son beau timbre et sa musicalité. Mais il en faut un plus pour le redoutable « Deposuit » du Magnificat de Bach, aussi court qu’exigeant. Le lyrisme de Mozart - « An Chloé » et « Il mio tesoro » - ou de Massenet - « En fermant les yeux » - convient mieux au candidat mais on le sent, là aussi, confronté à ses limites, avec des aigus tendus, parfois faux. Et le légendaire « Una furtiva lagrima » ? Franchement pas mal. Plus la ligne est longue mieux chante notre jeune Roumain (futur belcantiste ?) comme l’atteste, de façon inattendue, « Zueignung » de Strauss !


Le baryton allemand Samuel Hasselhorn, qui aura 28 ans le 15 mai, arrive au second tour comme un des grands favoris. Il semble avoir pris le terme récital au pied de la lettre: pas d’opéra dans son programme et rien que des lieds (en allemand), signés Schumann, Wolf, Schubert et Brahms. Sa prestation - mais le terme est ici inapproprié - s’ouvre avec un Schumann sobre et prenant et se développera dans de subtiles alternance, du métaphysique au burlesque. Pas besoin de Verdi pour saisir que, outre la plus belle voix de la session (et le formidable Joseph Middleton au piano), le chanteur dispose de tous les moyens intellectuels, émotionnels et artistiques, y compris « dramatiques » pour entrer dans la cour des grands.

Succéder à pareil géant n’aura nullement déforcé la soprano belge Marianne Croux, 27 ans, qui s’imposa d’emblée avec un air tout de drame et de passion, « Ah. ! Spietato » (Haendel) révélant la beauté, la puissance et la noblesse de sa voix, sa capacité à faire vivre un texte, sa musicalité cultivée. Passant de Respighi à Nadia Boulanger ou à Strauss avec un égal bonheur, et traversant avec eux toutes les joies et les peines de l’humaine condition, elle conclut avec l’étourdissant « Sagt seid Ihr es feiner Herr » de Wolf, la classe !


Liste des finalistes:

Ao Li

Germain Enrique Alcantara

Sooyeon Lee

Dany Lo Matviienko

Rocio Perez

Eva Zaïcik

Héloïse Mas

Alex DeSocio

Yuriy Hadetzskyy

Charlotte Wajnberg

Samuel Hasselhorn

Marianne Croux


Les finales aurons lieu au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, les 10, 11 et 12 mai à 20h.