Musique / Festivals

Où l’on se rend compte qu’un concours de chant est aussi une "audition". En présence de la Reine.

Par rapport aux disciplines instrumentales, les candidats chanteurs devront faire vite (dix minutes plutôt que vingt), mais lors de la séance d’ouverture, il apparaîtra rapidement que, malgré la cadence infernale et le stress, ces dix minutes peuvent suffire à se faire "reconnaître" et à établir le contact avec le public. Parmi les dix-sept candidats, on mentionnera, par ordre d’apparition, l’Allemande Annika Schlicht, mezzo, voix puissante et homogène, parfait contrôle du souffle et superbe engagement dramatique.

La fragile Chinoise Piao Yulan, donnera ensuite un air de Louise suspendu, aérien, et un Mozart raffiné, mais peu habité. La voix de la Russe Ekaterina Romanova, est-elle vraiment contralto ? Pas sûr mais ses vocalises sont formidables ! L’Allemande Vero Miller, est beaucoup plus convaincante, elle a du goût et du tempérament, même si son chant manque un peu de suavité. Légère déception pour la basse Français Bertrand Dubé, voix superbe mais émission instable, tout au contraire du trépidant ténor canadien Iain MacNeil, mêlant maîtrise, vaillance et naturel.

Le Chinois Li Ao est un ovni dans ce contexte, mais on n’a aucune crainte pour son avenir, alors que la Polonaise Justinya Wieruszewska-Biniek, pourtant si douée, devra d’urgence revoir sa technique. Le baryton argentin Germano Enrique Alcantra, baryton, est une "voix" avant tout, ce qui n’est pas déplacé, et le contreténor coréen Taekyu Kim se distingue paradoxalement plus dans Schubert que dans Haendel,

La soprano coréenne Sooyeon Lee a la (une des...) plus belle voix du monde, avec un air de Nanetta aérien à souhait, l’Ukrainien Danylo Matviienko est talentueux, à tous égards, mais son art est trop vert à ce stade, alors que la soprano espagnole Rocio Pérez, belle comme un coeur, est stupéfiante d’autorité, de grâce et de justesse, notant un art à la fois poétique et théâtral.

Extase devant la soprano coréenne Irina Jae-Eun Park, une certaine gaucherie mais une voix de lumière et d’émotion, une technique d’enfer et une appropriation intense du texte et des personnages. La voix de la soprano américaine Martha Eason est moins suave, mais les vocalises sont brillantes et sûres jusque dans un suraigu surnaturel (Mozart) ou athlétique (John Adams). On entendra enfin la soprano Américaine Shoushik Barsoumian, technique assurée et sens de la scène et la soprano Hyejin Lee, la cadette jusqu’ici, d’immenses moyens, un Debussy maîtrisé malgré les périls et un Donizetti donné dans un sourire.


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