Musique / Festivals

Ce festival-là n'existerait pas, il faudrait l'inventer. Un tel brassin de sons, de parfums, de goûts, de couleurs, comme ça, en pleine ville, c'est à se demander ce qui se passe, où l'on est, d'où cela vient-il. Bon, on est bien à Bruxelles, sur cet ancien site douanier de Tour et Taxis en cours de restauration et de réaffectation.

Devant le succès de Couleur Café, la superficie disponible pour le public a été étendue, augmentée d'un tiers. On y met plus de monde, certes, mais plus de monde circule plus à l'aise dans les allées, le long des quais de la rue du Bien Manger aux mille saveurs, dans les souks aux mille objets avec lesquels se vêtir, se parer, faire de la musique.

Quatre scènes

A propos, la musique, elle est partout sur le site. Sous un des quatre chapiteaux, Badenya les Frères Coulibaly, en costume de scène uniformes et colorés, font résonner balafon et tama tandis que les danseuses font le ventilateur et autres rotations du popotin destinées à faire tourner la tête des garçons. Devant ce combo burkinabé, ça danse, comme partout ailleurs sur le site. Trop trad à votre goût? Une tente plus réduite ne désemplit pas, où résonnent les beats electro-dub des Bush Chemists, toujours bien swingants sous le filet de camouflage et la grosse boule à facettes.

Envie de changer d'air? Les organisateurs de Couleur Café mettent toujours un point d'honneur à présenter des expositions thématiques fort bien conçues. Cette année, il y est question de «L'élément terre» : grandes photos noir et blanc de mosquées en terre du Mali signées Sebastian Schutyser; très belles toiles verticales avec acrylique, terre et pigments signées Blaise Patrix; retour de Sten et François avec une vache bien dans l'air du temps, composée d'une citerne à mazout et d'autres déchets manufacturés. Pour lier le tout, une très intéressante série de panneaux explique, photos à l'appui, l'universalité, la diversité, la résistance et la beauté des constructions en terre crue.

Et voilà que la fanfare Rafale la Bande vient détourner l'attention, faisant un foin pas possible dans les allées, prenant un malin plaisir à mettre des fourmis dans les jambes des chalands. Sur le coup de 23h30, Couleur Café semble s'assoupir. Plus de concerts, tout le monde marque le pas dans l'attente du toujours très apprécié feu d'artifice qui, cette année, n'est plus tiré depuis le toit du grand entrepôt restauré. Voilà qui nuit au spectaculaire mais, n'empêche, ces gerbes, volutes, crinières enflamment joliment le ciel bruxellois, tandis que les explosions résonnent entre les quais où se répand l'odeur de poudre. Mon Dieu quel pétard.

Dernière ligne droite

Voilà Couleur Café réveillé pour le coup. Les quatre chapiteaux se remettent à vibrer presque simultanément, et l'on a le choix entre divers cocktails explosifs. Ojos de Brujo clôturent brillamment une série de concerts espagnols rivalisant d'originalité. Ils ne sont pas nombreux, ces Fils de Teupuh, mais avec banjo, tuba et quelques gaudrioles, ils mettent le feu. Et, bien sûr, l'on ne danse pas de la même façon au son dub gonflé de Zion Trian Soudsystem qu'avec les vétérans de la scène congolaise, Zaiko Langa Langa. Ils sont une smala sur scène, font un ramdam du diable mais, y a pas à dire, leur rumba fait bouger là où il faut.

© La Libre Belgique 2003