Musique / Festivals

Revoilà ce bon Craig David… Vous le croyiez disparu ? Il était là depuis le début. Vous le pensiez vieillissant ? Le chanteur R'n'B n'affiche que trente-six printemps. Vous pensiez qu'il s'agissait de son grand retour ? Nous aussi. Mais celui-ci s'opérait en réalité avec "Following my Intuition" en 2016, après un hiatus de six ans. Cela vous avait échappé ? A nous aussi il faut bien l'avouer.

© D.R.

C'est l'histoire d'un gars talentueux et gentil, qui ne connut qu'une brève gloire et des déboires. Anglais, Craig David est né dans le Hampshire – et donc supporter éternel du Southampton Football Club – d'un père menuisier africain (par ailleurs bassiste de la formation reggae Ebony Rockers) et d'une mère juive. Cela ne s'invente pas un CV comme ça. C'est avec son paternel que le petit va d'abord tâter des notes. Séduit par la culture hip hop et la scène garage naissante environnante, l'adolescent commence à écrire des morceaux. Arrivé à majorité, il est révélé par sa collaboration avec Artful Dodger sur "Re-Rewind (The Crowd Say Bo Selecta)", qui deviendra un hymne de club à l'époque.


Avec le bogue de l'an 2000 arrive donc le premier album de Craig David, et son légendaire tube "7 Days". Ce titre, c'est son "J'aime la vie" à lui. Les midinettes trentenaire, les anciens fanatiques et les plus audacieux se souviendront sans doute aussi du gentil "Fill me in" et du doucereux "Walkin Away", tout deux issus du même "Born to do it" sorti en 2000. Sa carrière est lancée. Deux décennies plus tard, Craig David comptabilise sept album studios, un best of, et une bonne trentaine de singles. Pourtant, notre mémoire – même plutôt exercée à la chose populaire – n'en a pas retenu davantage que les trois susmentionnés. En dix-huit années de carrière, l'artiste britannique fut également l'objet de bien des nominations, mais emporta à peine deux récompenses, aux bons soins de la maison MTV. Les Grammies l'ont snobés deux fois, et il est reparti bredouille de la cérémonie des BRIT Awards... à treize reprises.


Tout cela est injuste. A bien y regarder, l'homme est simplement né au mauvais endroit et au mauvais moment. Avant de faire une proposition (des plus honorables) sans doute arrivée trop tôt, puis de se perdre en chemin… S'il était né de l'autre côté de l'Atlantique dix ans plus tard, Craig David serait Drake. Au-delà d'une esthétique musicale commune et de plusieurs éclats de voix, il partage d'ailleurs avec Drake certains goûts vestimentaires singuliers, et ils arborent tous deux cette coupe de cheveux "à la Monchichi" qu'on sait pourtant peu aisée à porter. Et, même si le rappeur et producteur de Toronto est à n'en pas douter plus talentueux que son aîné anglais, la trajectoire du petit Craig aurait pu être bien différente.


C'est pour cette raison, accentuée par la publication sur Konbini de vidéos très drôles où il improvise sur des tubes rap français – de Jul à PNL en passant par Booba – en face-cam, que Craig David a toujours eu notre sympathie. Nous voilà donc au chevet de son septième album, baptisé "The Time is Now". Sûrement sans ironie, ce qui est un poil navrant, mais pas autant que ce survêtement intégral blanc (cf. pochette). Après une entame maladroite au son de l'alphabet (cf. "Magic"), nous découvrons le single "Heartline" et son ambiance tropicale, qui fait penser à une version infirme du "What do you Mean ?" de Justin Bieber. Ce sera plus vrai encore pour "Love will Come Around" en fin de disque, et le thème de l'album en général. Autre single un rien plus loin, "I Know You" convoque ses compatriotes Bastille, pour un mélange parfois indigeste mais pas toujours désagréable de synth-pop, d'harmonies vocales, d'infrabasses dans un décorum snap-music.


Du reste, nous ne retiendrons vraiment que trois pistes à mi-parcours. "For the Gram" plage 6, chanson sauce Atlanta (Young Thug es-tu là?) taillée pour les pistes de danse où Craig David n'aura jamais autant sonné comme Dreezy. "Get Involved" plage 7, avec JP Cooper en renfort micro, qui sonne furieusement comme une track de Justin Timberlake. Enfin, "Live in the moment" plage 9, par le génial producteur Kaytranada et avec le rappeur américain GoldLink, qui groove pas mal par-ci par-là mais ne décoiffe pas.


Bien essayé Craig. On t'aime toujours mais c'est quand même pas terrible tout ça.

> 1CD (Sony Music). 

© D.R.