Musique / Festivals

Ce vendredi aura lieu la première édition des D6bels Awards. Depuis des semaines, tous les médias de la RTBF battent le rappel pour promouvoir l’événement. Une émission sur laquelle le service public planche depuis quelques années déjà. "Il manquait un show télé du genre du côté francophone, un projet cross-média d’envergure", nous assure Caroline Lemaire, responsable du projet D6Bels Awards . Si l’envie était là depuis un moment, une sollicitation extérieure a lancé les prémisses. "Ce fut avant tout une demande de l’industrie du disque (et plus précisément du BEA pour "Belgian Entertainment Association", regroupant majors et labels, NdlR.). Ses représentants nous ont demandé de mettre cette émission sur pied, parce qu’on était totalement illégitime par rapport au travail effectué tout au long de l’année au niveau de nos quatre radios ou d’émissions musicales de la RTBF comme D6bels on Stage."

Et les Octaves alors ?

Pourtant, une telle cérémonie existe chez nous depuis plus de dix ans : les Octaves de la Musique. "Cela va faire 12 ans, puisqu’aura lieu le 21 mars prochain la 13e édition", précise Jean-Jacques Deleeuw, ancien de la maison RTL aujourd’hui chef de la rédaction de BX1 (ex-Télé Bruxelles), et toujours président de l’événement. Les Octaves, c’est un peu son "bébé", dans le CA duquel entrait mercredi son nouvel employeur. A l’époque, ce dernier œuvrait sur Bel RTL et s’associait au Conseil de la Musique (ASBL d’information, de conseil et de promotion du secteur musical en FWB) et à la Sabam pour mettre en place une remise de prix aux talents musicaux, toutes catégories confondues. Deux partenaires aujourd’hui disparus et désormais associés au D6bels Awards. Restent dans l’équipe des Octaves - outre le nouveau venu BX1 -, le Point Culture, les Jeunesses musicales et toujours RTL-TVI, en plus du soutien officiel de la FWB, de la Cocof et de la Ville de Bruxelles. Nous avons tenté de contacter des agents de la FWB, à la fois partenaire des Octaves et des D6bels Awards, pour leur demander si ce n’était pas se tirer une balle dans le pied. Consigne avait été donnée d’adresser ce genre de question au cabinet de la ministre, que nous n’avons pas été en mesure de joindre malgré notre insistance.

Précieux prime-time

Rapidement, la cérémonie est diffusée en direct sur Bel RTL et plusieurs télévisions locales. C’est là que le bât blesse. Depuis leur création, les Octaves courent derrière une diffusion en direct et en prime-time sur une chaîne nationale. Un accès que RTL leur a toujours refusé, comme l’explique Jean-Jacques Deleeuw : "Il y eut à l’époque des discussions avec l’équipe télé qui estimait - et estime toujours - que c’était difficile de mettre une émission musicale en prime-time sur une chaîne comme RTL. Depuis quelques années cependant, Plug diffuse les meilleurs moments de la soirée, et cela va continuer."

Tony de Vuyst, directeur général de PointCulture, confirme : "Nous sommes conscients qu’une diffusion des Octaves en prime-time favoriserait la promotion des artistes. Malheureusement, pour le partenaire RTL, la cérémonie n’est pas un objet télévisuel qui aurait permis suffisamment de ‘paillettes’." Pourtant, au vu des préparatifs orchestrés autour des D6bels Awards, la soirée de ce vendredi ne devrait pas être avare en paillettes, justement. "Les D6bels Awards se positionnent sur un créneau mainstream absolu. Ce qui influe sur l’audience et le décorum" poursuit Tony de Vuyst. Une démarche qui s’apparenterait selon lui plus aux NRJ Music Awards qu’aux Victoires, au fait d’un média privé et non d’une chaîne publique. Une confusion des genres, entre culture et divertissement. "On s’attendrait plus à voir une télévision publique s’ouvrir un maximum et promouvoir les artistes de la FWB, pas seulement ceux qui ont déjà succès et renommée. Cela fait partie de ses missions d’ailleurs. Des démarches ont été entamées du côté de RTL dans le but de diffuser un programme commun, mais ont toujours été accueillies froidement par la RTBF. On regrette qu’aucune synergie n’ait pu être trouvée."

Du côté de la Sabam, on cherchait aussi cette visibilité qui faisait défaut aux Octaves. "Quand la proposition d’une remise de prix en prime-time sur La Deux s’est profilée, nous avons été séduits. Les Octaves n’offraient pas ce genre de tribune et c’était le genre de projet que nous avions envie de développer" affirme Jerome Vanwin, directeur de la communication de la Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs. "Nous restions par défaut. Le projet des D6bels Awards nous paraissait plus porteur, nous avons saisi l’opportunité."

Plutôt deux fois qu’une

Mais alors, Octaves et D6bels Awards peuvent-ils coexister, n’y a-t-il pas double-emploi ? "Non, répond Jean-Jacques Deleeuw , car nos approches sont différentes. A l’époque, si nous avons créé cela, c’est parce que la RTBF estimait qu’elle n’avait pas à faire ce genre de choses. Ils ont mis 12 ans pour réaliser que cela valait la peine. Maintenant que ça arrive, on ne va pas s’en plaindre." Même son de cloche au Point Culture : "Les deux ne sont pas antagonistes, si les D6bels Awards sont plus un show télévisuel qu’une promotion d’artistes émergents, créneau qui reste celui des Octaves." Avec le départ de la Sabam, on peut s’interroger sur la survie des Octaves. Mais De Vuyst tempère : "Nous n’avons pas de budgets colossaux mais l’on se démène pour trouver des sponsors. On a également une aide de la Fédération et le projet reste défendu par notre Ministre de tutelle." Finalement, la Flandre aurait-elle mieux compris les choses que les Francophones avec ses MIA’s ? "On peut le penser en effet, poursuit-il. Ils ont compris que les paillettes sont nécessaires mais pas incompatibles avec la mise en avant d’artistes moins connus. Ils ont trouvé le bon équilibre. Mais je serai à Liège pour les D6bels Awards et nous jugerons sur pièce avant de critiquer. La Belgique est un trop petit territoire pour qu’on se rentre dedans." Peut-être aussi trop petit pour avoir deux remises de prix musicaux francophones, non ? "Si, en effet."