Musique / Festivals

Embarqué dans un solide marathon belge - une soixantaine de concerts quasi tous sold out -, Daan a fait arrêt mardi au Théâtre royal de Namur. Salle à l’italienne, public assis, bonne acoustique : ce n’est pas tous les soirs qu’on a l’occasion d’entendre le chanteur dans ces conditions. Il est vrai que cette tournée, à l’instar de l’album "Simple" (LLB 2/12/10), est spéciale. Daan y revisite son répertoire aux accents electro, disco-pop et country-rock, en formule trio (quasi) acoustique, entouré de sa batteuse Isolde Lasoen et du violoncelliste Jean-François Assy.

Comme sur disque, le charme opère. La transformation des chansons fascine même. Car, comme le marmonne l’intéressé, c’est "de façon trompeuse" qu’il s’appelle "Simple". Les morceaux n’ont pas juste été mis à nu : ils sont finement rhabillés, jusqu’à sonner parfois comme de mini-symphonies, tandis que le trio semble cacher un orchestre - avec quelques petites imperfections à la clé, mais pas gênantes. Il faut dire que sur scène, ça ne chôme pas. Daan, au piano ou à la guitare, tire de sa voix grave, jamais si bien mise en valeur, les plus belles et multiples inflexions ; évoquant parfois Elvis Presley, Johnny Cash ou Leonard Cohen. Isolde Lasoen, elle, est au four et au moulin : au vibraphone, aux cloches tubulaires, à la batterie, à la trompette et aux chœurs - pour l’essentiel. Jean-François Assy n’est pas en reste, même s’il ne quitte quasi pas son instrument : il en tire une telle variété de sons et d’émotions qu’il est un petit orchestre à cordes à lui seul, d’autant qu’il les superpose parfois en se samplant en direct.

Daan est pareil à lui-même - quoique plus causant, le cadre aidant - : classe, un peu dégingandé, décalé, drôle et caustique. "Celui-là, on l’a sorti comme single du côté du pays où les gens sont devenus fous", note le natif de Louvain à propos de "Wifebeater". "Un morceau d’amour dédié à notre cher petit pays qui en a besoin", glisse-t-il en lançant "Victory". Dardé de bourdonnements de violoncelle et ponctué de phrasés hip-hop, le morceau mérite encore plus son titre. On ne peut pas en dire autant - mais ce sera le seul - du mielleux "I’m what you need". A l’inverse, guidés par la basse, épurés, westerniens, "Ashtray" et "Gabriel", somptueux, risquent de hanter longtemps les mémoires.

L’esprit de Neil Young plane quand Daan reprend "A Man Needs a Maid", et celle de Grant Lee Buffalo avec "Fuzzy". Jacques Duvall s’invite aussi à sa façon, Daan étrennant la traduction de "Drink&Drive" qu’il vient de lui envoyer. Mais une partie du public en est resté au final d’avant-rappel : un "Swedish Designer Drugs" sans electro : juste Daan et Isolde en duo glamour, à la lumière d’un violoncelle délicat.