Musique / Festivals

L’année 2017 aura été une cuvée hip-hop. Si la tendance date d’une décennie à l’international et si le genre demeure l’un des derniers bastions où s’écrivent de nouvelles pages de l’histoire musicale, sa courbe s’est accélérée, en Belgique à tout le moins.

© JCG

On ne peut pas parler de révélation. L’étendard du rap noir-jaune-rouge était hissé il y a déjà quelque temps, et ses couleurs n’ont cessé de prendre de l’importance depuis sur la scène du Vieux Continent. Plutôt du cru de la confirmation. L’année qui vit le rap asseoir son importance à tous les étages de la société et de la vie culturelle, augmenter son impact auprès des jeunes, sa visibilité dans les médias (doucement mais sûrement) et confirmer son statut de nouvelle pop. Une musique dont on assiste aux mutations à l’œil nu. Et des voix qui, n’en déplaisent aux éternels partisans du rap d’antan, n’ont jamais autant collé à l’ère du temps.


Un statut de tête d’affiche enfin assumé

Cet été, les visites retentissantes sous nos latitudes du duo français PNL et du taulier Booba aux Ardentes liégeoises et au Dour festival ont marqué l’entame d’une nouvelle ère, ou du moins la concrétisation d’une tendance qui depuis trois saisons était dans l’air. Les rappeurs trustent le haut de l’affiche désormais, et leurs shows - parfois faiblards par le passé - ont largement gagné en qualité.


Les régionaux de l’étape ne furent pas en reste, que ce soit à l’occasion du show "Bruxelles Arrive" - inspiré du tube du même nom et mettant aux prises Roméo Elvis, JeanJass et Caballero - ou du projet reconduit "Niveau4" - où emcees bruxellois de langues française et néerlandaise croisent le vers. A la rentrée, le cinéma était à son tour contaminé et la jeune scène belge offrait à "Tueurs" une bande originale magistrale.

© Universal

Dans la foulée de son 2e album "Ipséité" (peut-être le meilleur disque sorti en 2017), le boss Damso y confirmait d’ailleurs ses longueurs d’avance sans forcer. Chantre d’un rap dont le public n’est plus soit bobo, soit à la peau foncée, qui décrit des problèmes et des difficultés qui ne sont plus l’apanage d’une classe et que des clivages socio-économiques ne suffisent plus à résumer. Une dèche, de la morosité, des horizons bouchés qui effleurent autant aujourd’hui le quotidien des ados de quartiers que la réalité de chômeurs de toutes les couleurs diplômés et désillusionnés. Ce qui explique en partie ce succès croissant dont on ne sait quand il va s’arrêter.