Musique / Festivals Comme le BSF (Brussels Summer Festival) se déroule au centre de Bruxelles, les artistes et les organisateurs de l'événement sont logés au cœur de la capitale. Pour accéder aux coulisses, direction La Madeleine, 14 rue Duquesnoy. On entre par une porte vitrée sur le côté de l'édifice, cachée par les colonnes de la façade en pierre.

Du matin au soir, ça ne s'arrête jamais

Point d’extravagance dans le décor. Des couloirs d'un blanc parfait partent dans tous les sens sur plusieurs étages. Et puis on arrive au troisième étage, où réside le centre de commandement. Ici, c'est ambiance start-up. De simples post-it sur les portes renseignent sur les noms des équipes : "bureau des stagiaires", "réseaux sociaux"... À 14 h, alors qu'une autre soirée du festival se prépare, les unités sont en ordre de bataille. Ils sont là depuis 9 h du matin et ils ne sont pas près de prendre congé. "C'est épuisant mais stimulant en même temps", raconte un homme qui fait la navette entre deux locaux.

Ses collègues, recroquevillés dans leurs bureaux, mettent en place les ajustements pour la journée. Enfin pas tous. À côté du poste de contrôle des réseaux sociaux, une recrue de cette division préfère s'isoler par terre dans le couloir. Avec pour seule compagnie une imprimante, unique élément de relief dans ce passage bien austère. "Désolé mais j'ai vraiment beaucoup de travail, sorry". C'est bel et bien le rush pour elle. Dans le quart d'heure qui suit, elle doit mobiliser un maximum de personnes sur Instagram, Twitter et Facebook en même temps.

Dans le local cette fois, les murs se parent de feuilles. Les plans des scènes dans la capitale, les codes wifi, les programmes des artistes... D'un côté, l'ambiance est bon enfant. "Moi je veux prendre la place du chef", dit l'un des membres de l'équipe en se lovant sur le siège d'Olivier, le coordinateur, parti l'ombre d'un instant. Et de l'autre, une part de stress subsiste. Tout doit être prêt à l'heure.

Dur, dur d'être coordinateur

Et pour Olivier justement, difficile d'être au taquet sur tous les plans. "Mais tu ne te souviens pas ? Je viens de t'expliquer ce que j'allais faire. Je vais mettre ça en ligne à 16h30", s'agace une de ses coéquipières. Un peu dépassé par le nombre de tâches à réaliser, il avait totalement oublié cette discussion. Il faut dire qu'il doit jongler entre son équipe, la communication au sein du festival, d'éventuels problèmes qui surgissent à tel ou tel endroit, les artistes...

Autant dire qu'il ne se détache jamais de son GSM. Dès qu'il commence à parler à quelqu'un, il est tout de suite interrompu par un appel. Pendant quelques minutes, il a le malheur de couper sa connexion 4G. Pas de chance, un journaliste vient d'essayer de le joindre sur WhatsApp et il n'a pas su répondre.

Objectif : que les artistes soient à l'aise

Mais être coordinateur n'a pas que des mauvais côtés. Il est aussi en contact direct avec les artistes que de nombreuses personnes rêveraient de rencontrer. En descendant au deuxième étage, il arrive devant les loges. Camille, Raphaël, Clara Luciani... Leurs noms sont tous là, notés devant les portes. Cette fois-ci, pas de post-it, mais un petit encadré. Mais la sobriété reste de rigueur. "Camille 1", "Camille 2"... et rien d'autre d'écrit. En passant devant une loge, la porte ouverte permet de voir un groupe qui se repose avant une nouvelle prestation. Tranquilles, dans leur fauteuil noir, les pieds posés sur la table basse.

S'ils ont une petite faim, pas de problème. Les bruits des casseroles ne sont pas loin. La "cantine" se situe au même palier. Mais ne l'appelez pas comme ça. Dans le milieu, on dit "catering". Avant de venir dans la capitale de l'Europe, les managers ont transmis toutes les informations nécessaires au bien-être des artistes. Leurs préférences culinaires, leurs allergies alimentaires, leurs petites habitudes. Si un chanteur a pour coutume de manger un jour de la viande puis l'autre du poisson, tout est prévu. Mais une petite note invite quand même à débarrasser soi-même son assiette.

Le "catering", lui aussi très simple, comme tout le reste du bâtiment. Loin de l'image de luxe qui entoure les stars
© K.D.

Olivier arrive ensuite devant l'équipe du chanteur Adam Naas. Il y retrouve une représentante d'Universal qu'il connaît. Très amicale, avec un sourire chaleureux, elle discute un peu avec lui alors qu'il pianote sur son téléphone. À côté, un homme, paré d'une simple blazer, avec une partie du torse visible, accompagne Adam Nass. Il raconte qu'en l'espace de deux ans et demi, il est parti aux quatre coins de la planète et adore parler de ses voyages rendus possibles grâce à la musique. Petite précision : il aime venir à Bruxelles. Du coup, il veut parler en français. Mais Olivier comprend qu'il serait plus à l'aise en anglais. Durant la journée, ces deux-là ne vont pas arrêter de jongler entre les deux langues.

Une petite session acoustique puis c'est reparti

Quelques points sont abordés, Adam Naas sort de sa loge puis direction la salle de la Madeleine, vide. Le concert ne commencera que dans quelques heures mais il faut faire les réglages. On essaye les instruments, on choisit la couleur des lumières et on s'échauffe un peu la voix. Olivier voudrait bien que le groupe se mette en scène devant son smartphone pour faire un appel sur les réseaux sociaux aux Bruxellois afin qu'ils se joignent à eux en soirée. "Cela sert aussi à mettre en valeur les artistes pour qu'ils profitent de leur passage par chez nous", fait remarquer le coordinateur.

Pour l'instant, peu de monde devant Adam Naas qui se prépare.
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Marché conclu, mais Adam Naas et ses musiciens le font à leur sauce. Ils s'asseyent tranquillement sur le bord de la scène et commencent une petite session acoustique. Moment privilégié pour les rares personnes présentes, qui sont d'ailleurs bien seules dans une pièce aussi grande. L'équipe des réseaux sociaux, elle, est au taquet, bien devant la scène avec ses téléphones. On les aurait vus au même endroit quelques heures plus tard, ils auraient fait de parfaits fans qui auraient voulu garder une trace de leur moment. Adam Naas, lui, est clairement dans son élément. Il se décontracte et semble apprécier l'exercice. Il en oublie presque ce qu'il doit exactement dire à la fin de la vidéo pour mobiliser les spectateurs. Chez Universal, on est ravi. Il s'agit d'une belle opération de communication, tout en finesse. Un grand sourire se dessine sur le visage de sa représentante.

L'équipe des réseaux sociaux prépare les paramètres de leur vidéo avant de filmer Adam Naas.
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Olivier est dans le même état. "T'as vu comment c'était spontané et naturel ?". Comme quoi, être coordinateur, ça permet de vivre de beaux moments. Pas le temps de rêvasser cependant. Il remonte en vitesse au troisième étage et apprend qu'on a besoin de lui sur le terrain. "C'est quand qu'ils commencent à chanter ?". "À 17h30-45" lui répond un de ses acolytes. "Mais c'est dans pas longtemps, il faut se dépêcher alors". Et voilà Olivier reparti. La journée est loin d'être terminée. Le festival ne va pas tarder à débuter.