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Il ne veut dévoiler ni son nom ni son visage, il est plus connu à l'étranger qu'en France, il marie électro-vintage et guitares stridentes sur des clips horrifiques façon années 80: bienvenue chez Carpenter Brut, le roi du "metal dance". Barcelone, 5h00 du matin: ils sont quelques milliers de festivaliers du Primavera Sound encore bien éveillés pour sauter comme des diables au son de "Maniac", ce tube de Michael Sembello de 1983 popularisé par le film "Flashdance" et revitalisé 35 ans après par trois musiciens sur scène, un guitariste et un batteur intenables et un homme plus en retenue derrière ses synthétiseurs. Cet homme, c'est la tête pensante de Carpenter Brut. Quelques heures plus tôt, dans le fond de son tour-bus, il se demandait s'il allait "vraiment trouver du monde" face à lui à une heure aussi tardive.

Mais ils étaient bien là, nombreux, moitié vampires moitié curieux, pour goûter au cocktail d'explosions sonores et visuelles proposé par Carpenter Brut. Sur Twitter, vidéos à l'appui, on retrouvait ensuite la performance du trio français souvent en tête des moments forts du jeudi 31 mai. Un succès incontestable, comme en Angleterre, en Allemagne, aux Etats-Unis où ce groupe jouit d'une notoriété plus forte qu'en France. Un parcours météorique pour cet ancien ingénieur du son, qui a décidé de se lancer dans l'aventure en 2012 en tenant plus que tout à conserver l'anonymat. "Ce que je fais est plus important que la personne que je suis. Dire par quoi je suis passé avant donnerait une image secondaire au projet qui n'en a pas besoin", argue-t-il.

Un projet démarré il y a six ans, inspiré par "la musique de Justice et les films de John Carpenter", et qui s'est concrétisé par trois mini-albums et un premier album de huit titres, "Leather Teeth", paru en février.

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Autodidacte, autoproduit

Ses concerts ont bâti sa réputation scénique. Ses clips, hommages aux séries B d'horreur, ont forgé son identité visuelle. Au risque de voir Carpenter Brut être taxé de misogynie avec ses films dans lesquels des femmes souvent dénudées sont poursuivies, voire tuées. "Je fais juste référence à un certain cinéma d'une certaine époque. Je ne fais pas des clips de rap avec des filles au bord de la piscine qui se font traiter comme de la viande", se défend-il. "J'ai un peu peur de notre époque, de devoir tomber dans l'autocensure. C'est aussi pour ça que je protège mon anonymat, je n'ai pas envie que mes proches rencontrent des problèmes. C'est d'autant plus énervant que moi je suis plutôt d'accord avec #Metoo. Carpenter Brut c'est de la fiction, je n'ai aucun autre but que celui de m'amuser."

"Je veux rappeler à ceux qui l'ont vécu, et montrer à ceux qui ne l'ont pas vécu, à quel point les années 80 étaient cool. Je veux raviver des sensations liées à mon adolescence", poursuit cet autodidacte qui a décidé de s'autoproduire en créant son propre label, No Quarter Prod. "La finalité, c'est de faire ce que je veux comme je le veux. Je n'ai pas de contrat qui m'oblige à sortir tant d'albums sur tant d'années, à faire tel plateau télé, etc", dit celui qui a immédiatement envisagé l'aventure à l'international. "Ma musique est instrumentale, il n'y a pas la barrière de la langue. Je pensais que si je m'ouvrais au monde entier, je récupèrerais bien un peu d'argent. Tout mon univers prend sa source aux Etats-Unis. Et 50% de mes ventes se font là-bas", explique le leader de Carpenter Brut qui a joué en avril au festival californien Coachella.

Carpenter Brut aura fait une centaine de concerts d'ici la fin de l'année. Il sillonnera l'Europe et la France, et s'arrêtera notamment dans l'ouest pour le Hellfest le 24 juin où, face à lui, les fans de metal s'apprêtent à faire ce qu'ils ne font jamais: danser. "Ca, je suis peut-être un des rares au monde à y arriver", sourit-il.