Musique / Festivals

Si Orelsan est aujourd'hui au cœur de la polémique après son sacre aux Victoires de la Musique, il est loin d'être le premier rappeur à susciter de telles réactions. Misogynie, homophobie, islamophobie, les paroles des rappeurs, pour leur irrévérence et leur violence, sont régulièrement épinglées. La preuve en quatre punchlines.

Damso

Il n'est pas habitué à faire dans la dentelle. Avec son titre "Pinocchio", composé avec Booba qui l'avait alors repéré, une punchline de Damso marque les esprits : "J'te baise comme une chienne pourtant tu portes le foulard". Misogynie ? Islamophobie ? En tous cas, la machine à polémique se met en branle.

Conséquence de cette chanson qui lance sa carrière, le rappeur belge n'en a pas fini avec les procès en dénigrement de l'image de la femme. L'année dernière, alors qu'il est choisi pour être le compositeur de l'hymne des Diables Rouges pour la Coupe du monde de football 2018, Damso s'attire les foudres de Viviane Teitelbaum, présidente du Conseil des Femmes Francophones de Belgique. Celle-ci dit craindre que cette décision ne pousse « plein de jeunes à écouter ses raps ». Les kids auraient donc attendu les Diables pour découvrir Damso ? Rien n'est moins sûr.



Sexion d'Assaut

"Je crois qu'il est grand temps que les pédés périssent", lançait en 2010 Maître Gims dans "On t'a humilié". Il n'en fallait pas plus pour que le groupe doive s'expliquer devant la presse, voit son partenariat avec NRJ annulé ainsi que de nombreuses dates de concert. "Ces textes ont été écrits lorsque nous étions adolescents mais cela ne justifie rien...", se désole alors Lefa.

Pour contrer la polémique, la maison de disque de Sexion d'Assaut invite le groupe à s'impliquer dans la lutte contre l'homophobie. Les titres incriminés ne sont plus chantés sur scène, les albums retirés des bacs, et des places sont offertes aux militants LGBT pour qu'ils puissent eux-mêmes vérifier que l'homophobie a été poussée hors de scène. Le groupe doit même distribuer à leur public des tracts prônant la lutte contre l'homophobie et les autres types de discrimination.


Nekfeu

En 2013, dans la chanson collective écrite pour la BO du film "La Marche", Nekfeu réclame "un autodafé pour ces chiens de Charlie Hebdo". A l'époque, la polémique ne va pas très loin. Charb s'indigne contre "un chant religieux communautariste". Il s'agit pourtant d'un hommage à la marche des beurs de 1983, qui se voulait laïque uniquement. Le rappeur Taïro, qui collabore sur le même titre, reproche à Nekfeu d'avoir "voulu défendre ses copains musulmans d'aujourd'hui, mais ça n'était pas l'endroit pour le faire".

La donne change après les attentats de janvier 2015, et les paroles du rappeur reviennent sur le devant de la scène. Invoquant un contexte islamophobe contre lequel il a voulu se protéger, le très politiquement correct Nekfeu regrette une phrase contre-productive. "Je me suis senti con après les attentats", avoue-t-il.


NTM

Le 18 juin 1995, la France est tournée vers Toulon, sur la côté d'Azur. Pour la première fois, le Front National est à la tête d'une mairie. C'en est trop pour NTM, qui prend part au « concert de la liberté » quelques semaines plus tard dans une ville voisine. Sur scène, le duo s'en prend à la police : « Les fascistes sont habillés en bleu et roulent par trois dans des Renault 19. Ils attendent que ça parte en couille pour nous taper sur la gueule! On leur pisse dessus!... », avant de commencer leur chanson « Police ». Ils seront condamnés à payer une lourde amende, et à deux mois de prison avec sursis en appel.

L'année suivante, le duo doit faire son retour dans le Var lors du festival Connexions hip-hop. Une programmation pas au goût du préfet du Var, proche de l'identitaire Charles Pasqua, qui demande le retrait de NTM du festival, sous peine de retrait de la subvention de l’État. Le directeur du festival, qui avait déjà symboliquement renoncé à la subvention de la mairie de Toulon, n'a pas vraiment le choix.