Musique / Festivals Johann Johannsson s’est fait un nom en composant des bandes originales de films.

Mélancolique, torturé, minéral, touche-à-tout,… Les adjectifs qui viennent à l’esprit lorsqu’il s’agit de décrire Johann Johannsson sont aussi nombreux qu’insuffisants et nous forcent à accepter la réalité : le musicien islandais est inclassable. Cet imposant bonhomme au crâne lisse et à l’épaisse barbe rousse part dans toutes les directions, multiplie les formats et ne laisse aucun obstacle obstruer sa quête viscérale de nouvelles sonorités. En 1999, à 30 ans, il commence par former un quartet électronique basé sur l’usage d’orgues dopés aux synthés et au vocoder l’"Apparat Organ Quartet". Au même moment, il lance un collectif artistique basé à Reykjavik baptisé "Kitchen Motors", qui a pour mission de briser les frontières entre les concerts, les expositions, les performances, le cinéma et l’écriture, tout en faisant cohabiter en live des genres aussi opposés que la musique de chambre et l’expérimentation électronique. Tout un programme qui fait de Johann Johannsson une cible parfaite pour le cinéaste canadien Denis Villeneuve, qui vient le trouver en 2013 pour lui demander de composer la musique du film "Prisoners" avant de l’engager à nouveau pour installer l’ambiance tendue de "Sicario" (2015) et la mélancolie existentialiste du film "Arrival", qui ont valu à Johann Johannsson plusieurs nominations aux Golden Globes et aux Oscars.

Rencontre avec un compositeur qui cultive la "tension", avant la présentation de son album à Bozar.

Restituer par écrit l’univers sonore d’un auteur aussi complexe est pratiquement impossible. Johannsson, lui-même est peu à l’aise avec les mots. Au téléphone, il hésite, bafouille, termine rarement ses phrases mais ouvre petit à petit la porte de l’univers sonore dense et hypnotique d’"Orphée", long voyage mélancolique et multi-instrumental qu’il a mis près de sept ans à composer, et qu’il viendra présenter ce samedi 30 septembre au Bozar Electronic Arts Festival (lire ci-dessus).

Comment s’est déroulé le processus de création d’Orphée ?

Pour plusieurs raisons et notamment le fait que je me sois de plus en plus impliqué dans l’écriture de musique de films, ce projet est devenu une sorte de journal de bord qui retrace ma vie sur une très longue période. Je n’ai jamais eu de trame précise mais des idées, des bribes de morceaux et d’harmonies sans destination. Un peu comme une spirale infinie, un voyage sans début, ni fin.

Tout cela commence par quoi, une émotion ?

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