Deano, son nom est James Deano

dominique simonet Publié le - Mis à jour le

Musique / Festivals

entretien

Depuis quelques années déjà, il promène sa silhouette longiligne et son sourire en coin dans les milieux hip hop du pays avec, pour seules armes, des balles verbales. Encore fallait-il qu'elles fassent mouche. Ce coup-ci a l'air d'être le bon : avec un contrat sur une étiquette française, James Deano sort un premier album qui tue. Son titre : "Le fils du commissaire". Le plus drôle, c'est que c'est vrai.

Pas grand-chose ne prédisposait le petit Olivier Nardin à nager dans les eaux sombres du hip hop. Nardin, c'est le nom de son grand-père paternel, issu du nord de l'Italie : "Ce bonhomme est mort comme un Rital, dans le stade d'Anderlecht, crise cardiaque pendant un match de foot." Nardin, Italien, on l'appelait Nardino à l'école, puis Dino, "et comme j'écrivais Deano, un jour, ça a fait tilt : James Deano, ouais, ça le fait. Bon, c'était infantile, mais c'est resté."

Un père "vrai Brusseleir" né à Ixelles, une mère originaire de Molenbeek, James Deano se revendique Bruxellois, même s'il a grandi d'abord à Braine-l'Alleud puis à Waterloo après que sa mère eut touché une coquette somme. Cheminot, son grand-père maternel arrondissait ses fins de mois en travaillant dans une agence de voyage. Un jour, le brave homme fait le lien entre ses deux boulots et invente le "ticket jeune" qui lui rapporte pas mal de blé. Mais, plutôt que de semer à tout vent, grand-papa a continué à vivre modestement et, à sa mort, sa fille et ses petits-enfants ont palpé l'oseille.

"Toucher une grosse somme, ça fait vieille famille riche, j'aime pas ça. D'ailleurs, ce n'est pas le cas, c'est juste le coup de génie de mon grand-père qui a trouvé un truc magnifique qui lui a rapporté. Lui a choisi d'en faire profiter sa fille, et ma mère nous a offerts, à nous, tout ce qu'elle n'a pas pu avoir, de beaux vêtements, des vélos, etc. C'est là qu'on s'est installés à Waterloo. A partir de là, on a bien vécu."

Cela n'empêche en rien le jeune James Deano d'aimer le hip hop et de s'y exercer avec assiduité. Constat lucide cependant : "Je suis belge, Blanc, je suis le fils d'un keuf alors que la première chose que l'on t'apprend dans le rap c'est nique la police; j'ai rien pour moi, je suis handicapé jusqu'à la mort pour être accepté dans ce milieu." Certes, son père travaillant tard, lui après l'école, errait dans les rues, chez les copains, "donc, d'une certaine façon, j'ai connu la rue, sauf que la mienne était calme, bien fréquentée, ce n'était pas la zone, il n'y avait pas un dealer de crack à chaque coin."

Alors, plutôt que de s'inventer une vie qu'il n'aurait pas vécue, James Deano joue cartes sur table : "Ma crédibilité, je vais la chercher dans l'honnêteté, en affrontant ma propre histoire et en en tirant quelque chose."

Ce n'est pas venu tout seul. Pour gagner sa croûte, il a travaillé au conditionnement dans une boîte informatique. Plier des cartons, les remplir de bidules, les fermer, leur coller la facture dessus et les taper sur des palettes, c'est le boulot d'Olivier Nardin qui permet à James Deano de gamberger. Dans les petites villes comme dans les quartiers, on est toujours le fils ou la fille de quelqu'un : le fils du boulanger, la fille de l'instit'. "Pour les petites vieilles, j'étais le fils du commissaire, c'est comme ça qu'est né le titre de la chanson. De là, j'ai commencé à avoir des idées rigolotes à propos d'un rappeur avec un père dans la police, et le croisement des deux mondes, ce qui a alimenté le texte."

Le processus est lancé. Dans la boîte, Nardin rigole avec un ami sur l'expression "faire un carton" avant que le boss n'arrive et lui dise : "D'abord, tu vas faire un carton avec ça et puis tu verras." James Deano a vu, est venu et, s'il n'a pas encore vaincu, c'est bien parti. Après avoir retourné en avantages ce qui n'était qu'inconvénient voire incompatibilité majeure, il promène fièrement son paradoxe dans les médias branchés français.

Maintenant le disque est là, avec des textes bien ficelés qui prêtent à rire ou à réfléchir, un message positif à la clé. Au départ, James Deano a peut-être des handicaps, mais pas sa langue en poche. Punk-rap, reggae-rap, rock-rap, rap-rap, les paysages sonores défilent, variés, qui font appel à la guitare metal comme aux cordes. Le tout est emballé dans une pochette qui ne passe pas inaperçue : à gauche, le père Nardin en uniforme, souriant, matraque en main, à droite, le fils Nardin en survêtement, cuir et casquette, mine patibulaire mais presque. Deux mondes, une famille.

"C'est génial que mon père ait pu venir pour la séance photos. Il s'est super bien amusé lors de cette journée; tout le monde l'a kiffé, c'était vraiment chouette. Pour moi, c'est un souvenir extraordinaire aussi. La pochette, ça fait photo de famille, père et fils, avec le père qui maîtrise quand même et des costumes sociaux complètement opposés."

Début de la gloire, sa chanson "Les Blancs ne savent pas danser", à pisser de rire, est déjà parodiée en "Les Blacks ne savent pas nager" et "Les blondes ne savent pas penser." James Deano bien. A 28 ans, ce fan de Brassens, Brel, Linda Lemay, Big Pun ou Michael Jackson sait jouer de son image; réservé et solitaire à la base, il est prêt à entrer dans la danse des médias. La demande est forte : il y a quelques jours, Olivier a été au restau avec son père, dont la femme travaille à la police de Châtelet, près de Charleroi : "Il est arrivé avec des photos et m'a demandé des dédicaces pour les collègues de sa femme qui adorent la chanson. J'ai donc dédicacé quatre photos pour quatre flics de Châtelet, c'est magistral !"

Le fils du commissaire

dominique simonet

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