Musique / Festivals Le chef d’orchestre italien avait 89 ans. Il œuvra en Belgique.

On a appris hier le décès d’Alberto Zedda, un des plus grands spécialistes de l’œuvre de Rossini. D’allure chétive et si ridé que certains chanteurs le surnommaient affectueusement "Maître Yoda", il était encore animé d’une énergie incroyable, comme ont pu souvent s’en rendre compte les mélomanes belges : invité régulier de l’Orchestre royal de Wallonie (ORW) du temps de Jean-Louis Grinda, il était devenu le pilier rossinien de l’Opéra flamand depuis l’arrivée d’Aviel Kahn.

Trois femmes clés

Né le 2 janvier 1928 à Milan dans une famille d’origine sarde, avec un père petit employé, devenu guide de montagne par passion des sommets, Zedda aimait à dire qu’il devait à trois femmes de l’avoir orienté vers la musique.

Sa mère, d’abord, convaincue que la culture était un moteur pouvant faire avancer tout individu. Sa sœur aînée, ensuite, pour laquelle la famille avait acheté un piano sur lequel il allait jouer et composer, pasticciare comme il le disait. Et enfin sa première petite amie, une adolescente de milieu plus aisé, qu’il ne pouvait rencontrer que dans des salles de concert, et qui lui avait ainsi donné le goût de la musique.

Champion d’échec, passionné de littérature classique et de philosophie, Zedda avait failli entreprendre une thèse sur Heidegger avant d’entrer tardivement au Conservatoire de Milan en classe d’orgue - la seule dont la direction avait bien voulu ouvrir les portes à cet élève trop âgé. Parce que, justement, elle ne comptait plus aucun élève et était menacée de fermeture.

Le titulaire de la classe d’orgue était le chef d’orchestre Alceo Galliera, qui lui avait mis le pied à l’étrier : Zedda se forma ainsi aussi auprès d’Antonino Votto, ou de Carlo Maria Giulini, et se mit à fréquenter intensivement la Scala.

Assistant de Stravinski

Il y avait notamment assisté Igor Stravinsky en 1951 pour la création du "Rake’s Progress", et c’est avec "Petrouchka" qu’il avait gagné en 1957 le premier concours de direction d’orchestre de la RAI.

Au Conservatoire, il avait rencontré le compositeur Luciano Berio, dont il créa plusieurs œuvres, mais aussi le chef Claudio Abbado ou le pianiste Maurizio Pollini : membres du Parti communiste italien, ils allaient œuvrer ensemble pour faire entrer la musique classique dans les usines. Et Abbado et Pollini - comme chef ! - allaient retrouver Zedda dans les années 80 pour les premières éditions du festival Rossini de Pesaro.

C’est que, amené à travailler sur "Le barbier de Séville", Zedda s’était mis à rechercher la volonté du compositeur dans les manuscrits originaux, œuvrant pour les éditions critiques et réhabilitant au passage Rossini comme auteur d’opéra seria.

A Pesaro, Zedda fut longtemps le directeur artistique de l’ombre avant d’en prendre le titre officiellement, et de diriger, chaque été, une académie du chant rossinien qui allait révéler des talents comme Olga Peretyatko ou Anne-Catherine Gillet. Il laisse chez Naxos quelques enregistrements marquants, surtout d’opéras de Rossini.