Musique / Festivals

Il était une fois un festival dans les bois. Les artistes s’y produisaient sur une île minuscule, ou dans une clairière. Le public logeait sur place, dans de longues maisons portant le nom des villages avoisinants. Le jour, entre deux concerts, il se baladait, se baignait, s’initiait au diabolo en compagnie du chanteur Gaëtan Streel, nourrissait les locataires du parc animalier, jouait au foot avec les Girls in Hawaii ou participait à une séance de yoga. Le soir, guidé par des bougies, il s’en allait glaner d’autres prestations musicales forcément magiques, dans un tel cadre. Là-bas, on ne courait pas, on ne se bousculait pas. Ce festival s’appelait Deep in the Woods. Du nom d’une chanson de Nick Cave.

L’événement, créé par une poignée de professionnels de la musique (programmateurs, agents d’artistes ) du nord et du sud du pays, en était, ce week-end, à sa seconde édition. Il affichait complet depuis belle lurette. Deep in the Woods 2012, en quelques mots, c’est : à peine 530 festivaliers, logeant sur place (auxquels s’ajoutent 200 festivaliers "d’un jour" le samedi, issus de la région). Un domaine de 140 hectares (le centre de vacances de Massembre, à Heer près de la frontière française). De la musique (une quinzaine de concerts en trois jours); mais pas seulement (rando, atelier créatif doudou-it-yourself, plaine de jeux aquatiques ). Une affiche essentiellement noir-jaune-rouge, formée "au coup de cœur", privilégiant les belles personnalités, préférant les chemins de traverse aux sentiers battus. Gaëtan Streel, Soumonces !, Liesa van der Aa, Moss ou encore Mermonte sont de la partie cette année, sans compter quelques concerts surprise Une soirée passée sur le site, samedi, suffit pour nous en convaincre : ce festival-là a quelque chose de magique.

La première impression est celle d’une immense quiétude. L’automobile est rare : les festivaliers garent leur voiture à 1km du site et arrivent à pied à Massembre, où ils retrouvent leurs bagages et s’installent dans leur dortoir ou leur chambre. Point de baraques à frites à tous les coins de rue, ni de pique-nique improvisé : le public est invité à prendre ses repas dans le grand restaurant du centre. Il est interdit d’apporter sa nourriture sur le site. Autre constat : dans le public, un peu bobo et essentiellement constitué de familles, cela parle beaucoup néerlandais. "Il y a 70 % de Flamands, 10 % de Hollandais et 20 % de francophones", confirme Simon Laval, attaché de presse et co-organisateur du festival. "Le concept plaît surtout aux néerlandophones. C’est un peu le week-end in de Ardennen . En plus, un certain nombre de festivaliers de Gand et d’Anvers sont venus ici, enfants, en séjour organisé par les Mutualités chrétiennes..." - auxquelles appartient ce centre construit en 1951.

L’endroit le plus enchanteur du festival se trouve au cœur de la forêt : la scène "l’île". En l’occurrence un îlot de 4 m2, orné d’un saule et bordé de plantes aquatiques. Le public s’installe autour de l’étang. Des transats, sous des lustres suspendus entre les arbres, invitent à siroter les trésors régionaux : Cuvée Li Crochon, Perle d’Hastière, Caracole et autre Saxo - on n’est pas loin de Dinant. À cinq minutes de là, une clairière, écrin de verdure et de fraîcheur, accueille la "grande" scène.

Le soleil se couche quand le public s’y rend pour le premier concert du soir, à 20h. De la scène où le groupe Kiss The Anus Of A Black Cat (sic) déverse sa musique sombre et hypnotique, l’arrivée de jeunes festivaliers équipés de flambeaux doit ressembler à un étonnant bal de lucioles. Leur casque de protection sonore sur la tête, les enfants tournoient librement autour de la scène, sous le regard amusé de leurs parents. Ceux-ci reviendront plus tard, dans la nuit noire, savourer le concert de Moss, très recommandable groupe pop venu d’Amsterdam. La Belge Liesa van der Aa vaut aussi le détour. Seule sur l’île, avec un violon (qu’elle manie dans tous les sens, avec brio) et un échantillonneur, deux néons et la nature luxuriante en guise de décor, cette drôle de fée emplit la forêt de son chant hanté.

Mais le moment vraiment magique se déroule ailleurs, dans une petite chapelle ouverte. À la lueur de deux bougies et d’un spot rouge, sous le ciel étoilé, dans un calme absolu, face à un public recueilli (c’est si rare en festival !), An Pierlé livre une magnifique prestation piano-voix. L’autre moment phare se passe dans un cadre plus intime encore. Les Girls in Hawaii, qui terminent une semaine de résidence à Massembre, ouvrent les portes de leur studio provisoire, le temps d’un mini-concert. Le groupe est en forme, il alterne anciens et nouveaux morceaux, il est minuit, et la trentaine de personnes massée là profite pleinement de cet instant rare. C’est cela aussi, Deep in the Woods.

Le festival pourrait s’agrandir, en 2013 : on parle d’un camping. Quoi qu’il en soit, "on veillera toujours à préserver le caractère intime du festival. Il n’est pas question que cela devienne une grosse machine", rassure Simon Laval.