Musique / Festivals

Sérénités de Worlitzsch et Okamoto. Création de « Chacun sa chaconne ».

Vingt-six ans après, Frank Braley est de retour en demi-finales au Concours Reine Elisabeth ! Mais le pianiste français officie cette fois en sa qualité de chef de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, en belle forme pour accompagner les survivants du deuxième tour dans leur concerto de Haydn ou de Boccherini. De Haydn en fait, puisque les rares candidats qui avaient opté pour l’Italien n’ont pas passé le premier tour.

Comme la semaine passée, Sihao He, 23 ans, passe le premier. Mais le jeune Chinois est visiblement plus nerveux : son « Moderato » du concerto en ut majeur trahit un peu de précipitation et de désordre dans les premières mesures, et jusqu’à la reprise du thème initial. He a choisi une belle cadence du regretté Heinrich Schiff et y fait valoir des qualités d’expressivité et d’intériorité que confirmera l’adagio central, mais l’intonation laisse à désirer. Seul l’allegro molto final le retrouvera pleinement à l’aise.

Un sourire radieux et bienveillant éclaire le visage de Valentino Worlitzsch, 26 ans, pendant la longue introduction orchestrale du concerto en ré majeur. Il ne quittera plus tout au long d’une prestation où le violoncelle chante et raconte avec un mélange d’autorité et de sérénité. Tendresse dans l’adagio central, jubilation – mais sans excès – dans l’allegro final, une belle lecture marquée aussi ses cadences : panache et humour avec Franz Schmidt, puis dimension rêveuse avec Wolfgang Boettcher.

Il revient à Astrig Siranossian, 28 ans, de créer « Chacun sa chaconne », l’imposé de demi-finale commandé à Annelies Van Parys. Une pièce où violoncelle et piano s’observent, dialoguent et, parfois, s’affronte, et dont la Française livre une première lecture qui, avec le recul semblera plutôt fidèle.

Avant cela, elle aura proposé de la suite n° 2 en ré mineur de Bach une lecture d’une belle fluidité, mais un peu trop objective : la gigue trahit même une précipitation qui brouille l’articulation. Dans les Fantasiestücke op. 73 de Schumann, on admire la sonorité et la technique, mais la pensionnaire de la Chapelle Reine Elisabeth donne une nouvelle fois le sentiment de ne pas creuser jusqu’au fond de l’œuvre. Brillante et intensément expressive, la sonate en ut majeur de Britten constituera l’acmé de sa prestation

Yuya Okamoto, 22 ans, se fait conteur pour jouer ses extraits de la sixième suite de Bach avec un large sourire qu’il promène de cour à jardin. Le « Chacun sa chaconne » du Japonais se révèle plus ludique que le précédent, et toujours très serein. Humour et fraîcheur aussi, et la virtuosité en sus, dans la suite italienne de Stravinsky, et final intelligent et sensible en solo avec les Strophes Sacher d’Henri Dutilleux.