Musique / Festivals

La Française Héloïse Mas, l’Américain Alex DeSocio et l’Ukrainien Yuriy Hadzetskyy font forte impression. Chacun dans leur genre.

Belle idée que celle d’Héloïse Mas, 30 ans : là où les autres candidats séparent deux airs par un sourire, un petit salut ou un moment de reconcentration ostensible, la mezzo-soprano française ose un changement à vue de physionomie. Le sourire triomphant de Carmen (« Près des remparts de Séville ») devient l’inquiétude mutine d’Isabella (« L’Italiana in Algeri »), qui se change en désarroi du personnage mahlérien « Ich bin der Welt abhanden gekommen » avant de faire naître le tragique de Charlotte dans « Werther » (« Va laisse couler tes larmes »). Le timbre est somptueux, la technique très sûre et l’expressivité très juste. Forte impression, même si le Haendel final (« Teseo »), choix audacieux et louable, trahit une dureté de la voix à forte puissance et une intonation un peu moins sûre.

Voix sonore et capable de puissance, timbre rond, visage souriant, Heejin Park, 26 ans, ne manque pas d’atouts. Mais, dans « La sevra padrona » comme dans « Don Pasquale », l’expression de la Coréenne reste au premier degré, sans même parler d’attaques parfois imprécises. « Von ewiger Liebe » de Brahms souffre du même travers de superficialité, de même que la romance à la lune de « Rusalka », bel exercice vocal mais peu habité.

On aime la façon décidée dont Anton Kuzenok entre en scène, comme on aime la suavité de son chant, le soleil de son timbre, la beauté de ses phrasés et son sens théâtral. Force est toutefois de constater que la voix du ténor russe de 26 ans n’est pas grande et que, à forte puissance (notamment dans l’« Ingemisco » du Requiem de Verdi), les aigus se tendent et l’intonation s’altère parfois. Et si l’extrait de « Lady Macbeth de Mzensk » en final procède de l’évidence, il n’est pas sûr que deux airs d’opéra en français (« Les pêcheurs de perles » et la chanson de Kleinzach des « Contes d’Hoffmann ») étaient nécessaires vu sa prononciation exotique et son articulation approximative de notre langue.

Programme sans véritable air d’opéra pour Fabien Hyon, 29 ans, élève de la Chapelle Reine Elisabeth. Deux des Mörike-Lieder de Wolf, d’abord, habités et empreints de noblesse mais à la diction allemande perfectible et trop tendus à forte puissance. Avec deux mélodies d’Albert Roussel et un extrait de la cantate « L’enfant prodigue » de Debussy : le reste du programme, entièrement francophone, met mieux en valeur le métal de sa voix et l’élégance extrême de ses phrasés. C’est dans les clair-obscur que le ténor français brille le mieux, mais l’intonation est fragile quand la voix doit être poussée plus haut.

Agé de 30 ans, Alex DeSocio capte l’attention d’emblée avec les trois chansons de Don Quichotte à Dulcinée de Ravel : l’articulation manque sans doute de netteté, mais le timbre est envoûtant et le baryton américain caractérise idéalement chaque ambiance. « Der Kriegers Ahnung » de Schubert confirme la profondeur et la puissance du registre grave, sans pour autant que le reste du spectre soit un instant délaissé. Fort d’un réel talent de conteur mais aussi d’un style héroïque inattendu, DeSocio bouleverse la salle avec un extrait de « Pétersbourg », poème vocal du compositeur soviétique György Sviridov, et maintient le cap avec une incarnation intense de Valentin dans « Faust » de Gounod.

C’est par un air d’opéra autonome (sorti de « Cosi fan tutte ») que Yuriy Hadzetskyy, baryton lui aussi, impose d’emblée l’étendue de ses moyens : intonation, projection, diction, l’Ukrainien est confondant d’aisance à 25 ans seulement. Le reste sera du même niveau d’autorité et d’intensité avec quatre belles mélodies de Grieg, un intense extrait du « Elias » de Mendelssohn et le très beau « Heimiche Aufforderung » de Strauss.