Musique / Festivals

Première soirée de demi-finales. Jonas Palm et Seugmin Kang se montrent les plus émouvants.

Comme d’autres candidats allemands de cette session, Jonas Palm (24 ans ce mardi !) a manifestement été formé à l’école du mouvement baroqueux. Il joue son ut majeur de Haydn le plus souvent sans vibrato, la cadence qu’il joue à la fin du premier mouvement – courte et sans ostentation – est de sa main et celle qu’il a choisie pour l’adagio central est d’un anonyme de 1800. Mais, mieux encore, sa lecture est une merveille d’émotion pudique et de sincérité, servie par des phrasés amples, un sens consommé de l’articulation et une sonorité superbe. Palm a notamment étudié avec Jean-Guyen Queyras et Clemens Hagen : bon sang ne peut mentir.

Contemporain du précédent (il aura 24 ans en juillet), James Jeonghwan Kim a choisi le même concerto, mais le style est différent : vibrato appuyé, expressivité plus théâtrale – voire superficielle – et recherche prioritaire de la rondeur du son. Et si le Coréen, élève de la prestigieuse Juilliard School, écrit aussi ses propres cadences, on ne s’étonnera pas qu’elles soient d’un style plus ostentatoire. Mais le résultat, riche en nuances, ne manque pas de séductions.

Seugmin Kang, 30 an aborde la première suite en sol majeur BWV 1007 avec un archet baroque : on vérifie sa biographie et on constate que, effectivement, la Coréenne s’est formée pendant dix ans à Berlin. Le regard clos, elle joue Bach comme dans une sorte de transe douce, et il n’est pas une note qui ne soit chargée de sens. Outre l’imposé d’Annelies Van Parijs (moins ludique, plus résolu), cette élève de David Geringas – lui-même disciple de Rostropovitch et membre du jury – propose pour le reste un programme résolument contemporain et russe : une formidable lecture de la première sonate d’Alfred Schnittke, donnée avec une puissance haletante et hallucinée, fût-ce avec le nez dans la partition, puis les « Fragments russes » pour violoncelle seul de Rodion Schedrin, une œuvre de 2002 qui flirte parfois avec le jazz.

JeongHyoun Lee (que l’on peut également appeler Christine Lee) travaille avec Gary Hoffman à la Chapelle Reine Elisabeth. Elle livre du prélude et de la sarabande de la troisième suite de Bach une lecture plus convenue qu’inspirée, mais qui permet d’admirer la rondeur de sa sonorité. Sa gigue résonne des échos de danses populaires qui l’ont inspirée, et elle confirmera son sens du rythme dans la danse du diable vert de Gaspar Cassado. Mais, en comparaison de sa compatriote qui l’a précédée, le programme de cette Coréenne de 27 ans paraît forcément léger, d’autant que s’y ajoute une lecture brillante de « A chacun sa chaconne », la très néo-classique « Suite italienne » de Stravinsky et, en conclusion, le virtuose Pezzo capriccioso op. 62 de Tchaïkovski.