Musique / Festivals

Bien que Dez Mona se soit taillé une jolie réputation en Flandre depuis deux ans, la formation demeure quasi inconnue sous nos latitudes francophones. Et pourtant, après un récent passage au festival AB/Bota (qui croisait publics et artistes du nord et du sud du pays), la poignée de spectateurs qui ont assisté à leur concert à la Rotonde ne l'ont pas regretté. Il faut dire qu'avec une voix aussi typée que celle de Rufus Wainwright et des arrangements instrumentaux comparables à ceux d'Anthony and the Johnsons, "Moments of Dejection or Despondency", leur deuxième album, fait figure d'objet musical gothique rare, entre jazz expérimental, rock, cabaret et folk.

Pour Gregory Frateur, chanteur et tête pensante de la formation (aux côtés de Nicolas Rombouts), l'histoire a commencé dix ans auparavant. Après une soirée arrosée, ce dernier se met à chanter devant des amis. Il a alors 17 ans et son entourage le pousse à continuer. Après avoir utilisé son organe vocal dans un club aux côtés d'un DJ, Gregory rejoint les "Dukes of confusion", un projet musical filmique orienté jazz, rock, classique, avant-garde et blues. Ce dernier y fait la connaissance de Nicolas Rombouts. "Quand j'ai rencontré Greg, je me suis dit que j'avais enfin quelqu'un qui utilise sa voix comme un instrument", sourit-il. "Avant, je devais toujours adapter ma contrebasse aux morceaux, remplir les trous, modifier mes notes. Ici, le processus créatif se déroule ensemble. Je ne change plus rien !" Après un détour aux côtés de Daan comme choriste (et l'expérience de scènes inhabituelles telles que Dour, Werchter...), Gregory - dont les influences tournent plutôt autour de vocalistes tels que Meredith Monk et David Moss - peut enfin se lancer avec Nicolas dans Dez Mona.

Réputation

Sans aucun album en poche, le duo se taille une réputation sur scène, notamment à Recyclart, à l'Ancienne Belgique et à la chapelle des Brigittines à Bruxelles. Quelques membres s'ajoutent ensuite à la formation après "Pursued Sinners" (un premier album enregistré dans une église à Anvers) dont l'incroyable accordéoniste Roel Van Camp, rencontré dans un café après un concert.

Une dimension à l'émotion

De leurs lieux de concerts à leurs compositions, Dez Mona, désormais en quintet sur scène, affectionne une certaine forme de spiritualité. "Nous ne sommes pas vraiment religieux. Mais croire en Dieu est aussi une émotion", précise Gregory Frateur. "Nous aimons l'aspect théâtral très inspirant des églises. Ça donne une plus grande dimension à l'émotion. Quand on entend du gospel, il y a beaucoup d'espoir et de désespoir. Et ça, c'est important."

Malgré un ton instrumental jazz lugubre, "Moments of Dejection or Despondency" se veut optimiste selon le chanteur du groupe. "Je suis naturellement attiré par les choses macabres", conclut Gregory. "Parce que c'est dans mon sang. Je ne saurais pas expliquer pourquoi. En tout cas, ma ligne de vie évolue selon le précepte que dans le noir, on voit mieux la lumière."

Dez Mona, Moments of Dejection or Despondency, PIAS. www.dezmona.com

Dez Mona en concert ce 12 mai sous le chapiteau aux Nuits Botanique. Infos : 02.218.37.32 Web www.botanique.be et Email info@botanique.be