Musique / Festivals

Il est une des fortes personnalités du monde du chant : voix personnelle et corsée, intelligence aiguë du texte (et du reste), musicalité inspirée, profonde originalité. Chaque œuvre visitée par Dietrich Henschel se fait surprendre par un angle nouveau, où la poésie rivalise avec le drame, où le tendre pactise avec le grinçant, où d’étranges paroxysmes se pointent, avec élégance, avec hauteur.

Invité par la Monnaie - Peter De Caluwé est un fan de Henschel -, l’artiste se produira deux fois cette semaine à Bruxelles, dans deux cycles emblématiques très différents. On l’entendra tout d’abord jeudi, au Palais des Beaux-Arts, dans "Das Lied von der Erde", de Gustav Mahler, cycle vocal pour ténor et baryton (ou alto) et orchestre, sur des poèmes chinois de l’époque des Tang. Ce chef-d’œuvre de la fin du romantisme, composé par Mahler en 1907, peu après le décès de sa fille aînée, traduit avec toute la richesse d’invention de Mahler une évolution du "narrateur", partant de la mélancolie inhérente à la conscience de la mort pour aboutir à la sagesse et au détachement.

Construite en six mouvements (six poèmes), cette symphonie atypique prendra sereinement congé de la vie pour accéder, aux frontières du silence, à la dimension d’éternité. Pour ce premier concert, Henschel chantera aux côtés du ténor Tom Randle, et l’Orchestre Symphonique de la Monnaie sera placé sous la direction d’Hartmut Haenschen.

Le deuxième rendez-vous avec Henschel est donné à la Monnaie même avec le "Schwanengesang" de Schubert, regroupement des quatorze derniers lieds composés par le musicien avant son décès. Même s’il ne s’agit pas à proprement parler d’un "cycle", on reste frappé par l’unité musicale, dramaturgique et émotionnelle qui s’en dégage. Les poèmes sont de Ludwig Rellstab, Heinrich Heine et Johan Gabriel Seidl, et tous sont inspirés par la mort. Dietrich Henschel en présente une version inattendue et captivante par son rapprochement avec le roman de Juan Rulfo, "Pedro Paramo", et les vidéos de Clara Pons, spécialement créées pour le récital. Il est accompagné par le pianiste Fritz Schwinghammer, un compagnon de longue date avec lequel il a notamment enregistré ce "Schwanengesang" chez Ambroisie.

Bruxelles, Palais des Beaux-Arts, le jeudi 18 février à 20h. La Monnaie, le dimanche 21 février à 20h. Info : 02.507.82.00 ou www.lamonnaie.be