Musique / Festivals


"Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle (1958)

Trois heures d'enregistrement en une nuit, cinquante minutes gravées dont dix-huit utilisées à l'écran : la musique de Miles Davis et son quintet pour le premier long métrage de Louis Malle est entrée dans la légende comme l'une des plus parfaites partitions jazz jamais conçues pour un film - consacrant le trompettiste et le "cool jazz".


"Blackboard Jungle" ("Graine de violence") de Richard Brooks (1955)

Après quelques riffs dans "The Wild One" ("L'équipée sauvage") de Laslo Bedenek en 1954, le rock 'n roll sort des salles de bal pour envahir les cinéma avec ce film avant-gardiste sur la violence juvénile. L'hymne "Rock Around the Clock" de Bill Haley et ses Comets était sorti sur une face B l'année précédente mais devint un tube grâce au film - premier exemple du genre. 


"Easy Rider" de Dennis Hopper (1969)

Peter Fonda voulait faire signer la B.O. par Crosby, Stills, Nash, & Young, mais le montage de Donn Cambern sur des musiques-témoins issues sa discothèque collait si bien au bitume qu'on conserva sa sélection. Les droits d'auteur de cette compil impromptue triplèrent le budget du film et firent la fortune de Steppenwolf, dont le "Born to Be Wild" reste un emblème de la contre-culture.


"Shaft" de Gordon Parks (1971)

Le cinéma africain-américain du début des années 1970 livra plus de chefs d'oeuvre sur platine qu'à l'écran. Fondateur oscarisé, le "Shaft" d'Isaac Hayes demeure la quintessence de la soul-funk, tendance Stax (la Motown de la côte ouest) : 4'36 de rythmes funky, nappés de violons et de cuivres, dont une intro instrumentale de 2'34. Imparable. A ranger avec "Superfly" de Curtis Mayfield, sorti l'année suivante, pour faire groover le film éponyme de Parks Junior.


"Saturday Night Fever" de John Badham (1978)

Les voix de castra des Bee Gees inondent le film culte de l'ère disco, dont la B.O. a mieux survécu que le costard de John Travolta. A noter que c'est sur la version originale de "More Than A Woman" des oubliés Tavares que Tony Manero et sa Stephanie répètent leurs pas, avant de danser leur romance sur la version des frères Gibb. Le marqueur d'une époque, qu'on l'aime ou non. "Ha-ha-ha-ha/ Stay'in Alive/Stay'in Alive..."


"Thief" de Michael Mann (1981)

Au début des années 1980, la musique électro européenne envahit Hollywood. Moroder fait un hold-up sur "Midnight Express" (1978). Vangelis plane sur "Les Chariots de Feu" (1981) et "Blade Runner" (1982). Mais l'avant-garde est incarnée par les huit titres des Allemands de Tangerine Dream composés pour ce thriller de Michael Mann, matrice de toutes les B.O. et génériques eighties - sans oublier le "Drive" (2011) de Nicolas Winding Refn...


"Pulp Fiction" de Quentin Tarantino (1994)

On ne dira rien de son producteur priapique - chut ! - mais le film qui fixa l'univers tarantinesque fait corps avec sa B.O. compil agrégeant soul, funk, rock fifties et musique surf, définissant un standard du genre maintes fois copié depuis (jusqu'au récent "Baby Driver" en passant par "Snatch"). Avec comme titre-amiral le "Miserlou" de Dick Dale, dont les riffs ponctuent la célèbre invective d'Amanda Plummer ("Any of you fucking pricks move, and I’ll execute every motherfucking last one of ya !"). Tip pour briller en soirée : Uma Thurman et John Travolta font leur pas de deux sur "You Never Can Tell" de Chuck Berry.


"Trainspotting" de Danny Boyle (1996)

Considéré comme l'une des meilleures B.O. de l'histoire, l'assemblage de tubes qui shoote la bande son du film-culte de Danny Boyle réunit des classiques sous substance des seventies, la crème de la Britpop nineties (Blur et Pulp en tête) et les hymnes rave d'alors (dont le "Born Slippy" d'Underworld). Innovation commerciale : un deuxième CD inclut les titres non utilisés dans le montage final.


"Virgin Suicides" de Sofia Coppola (1999)

La rencontre parfaite de la vision mélancolico-éthérée de Sofia Coppola avec les sonorités rétro d'Air - à se demander qui a contribué le plus à la carrière de l'autre. Un album-phare de la French Touch, dont on retient aussi les chewing-gums chantant du clip mise en abyme du single "Playground Love".


"Belgica" de Felix Van Groeningen (2014)

Difficile d'ignorer ici la performance des frères Dewaele, alias Soulwax, alias quinze groupes aux styles et origines diverses fabriqués ex-nihilo pour rythmer les nuits et agapes du club Belgica de Felix Van Groeningen. L'oreille avertie reconnait les idiosyncrasies sonores des deux Gantois surdoués mais la palette bluffe les tympans et chauffe le dancefloor. Quand on évoquera la zique des années 2010 d'ici trente ans, on pourrait bien clamer "Ti Ricordi Di Me".