Musique / Festivals

Un nouvel album de Dominique A, c'est toujours un petit événement. Sans doute plus encore aujourd'hui qu'aux prémices il y a 25 ans. 2018 sera donc sûrement un grand cru puisqu'il y en aura deux. Nous sommes même passés très près d'une année cosmique car, au départ, il devait y en avoir quatre. Une plaque pour chaque saison. Projet certes alléchant mais par trop ambitieux, que la plus belle plume de la chanson hexagonale dut sacrifier sur l'autel du logistique et du commercialement faisable. Qu'à cela ne tienne, en 2018, l'homme de Provins nous coupera le souffle et les jambes en deux temps.

A quelques mois de célébrer son 50e automne, Dominique Ané retrouvait il y a peu ses terres nantaises natales. Là-bas, et jusqu'au 19 novembre en les murs du Château des ducs de Bretagne, il s'est plu à reconstituer sa chambre d'ado pour le bien d'une expo – "Rock! Une histoire nantaise". Quant à Paris, elle fêtera le magicien d'A comme il se doit tout au long d'un week-end à la Philharmonie – les 14 et 15 avril. En attendant, "Toute Latitude", son 11e album-studio paraissait début mars dernier.


Un disque sombre, pensé mais relâché, enregistré en groupe et en équilibre entre une âme rock électrique et quelques humeurs plus électroniques. Un disque percussif aussi, construit entre quatre baguettes, deux batteries et une boîte à rythmes au nom saugrenu (la tanzbär, de fabrication allemande). Si l'introspection n'est jamais très loin avec Dominique A, celui-ci effleure ici autant l'intime que l'universel, s'aventurant – chose rare – sur des chemins engagés… Comme au détour de "La Clairière", sorte d'eldorado ou d'échappatoire rêvé comme l'était "Eleor" (sur l'opus précédent), pas à l’abri des plaies de cœur, mais ici des douleurs migratoires et des blessures de guerre.

Dominique A a donc tenté de "Se décentrer", comme la plage 11 de "Toute Latitude" fut titrée. Son visage n'apparaît nulle part, ni sur la pochette ni dans le clip/film d'animations léché qu'a réalisé pour lui le réalisateur français Sébastien Laudenbach (voir ci-dessous). Mais si la vérité du chanteur est ailleurs, le propos devrait se resserrer en octobre avec la parution du second volet. Une plaque acoustique cette fois, mise en boîte en solo et intitulée "La Fragilité", qui devrait à nouveau faire la part belle aux nœuds cognitifs et permettre un retour à l'intimité.


> En concert à l'Ancienne Belgique ce vendredi 13 avril.