Musique / Festivals

Au lendemain d'une grosse journée, le menu de notre vendredi à Dour s'annonçait moins copieux. Et commençait, comme souvent cet été, avec JeanJass & Caballero. Après avoir fait un petit carton aux Ardentes la semaine dernière, les deux rappeurs qui font la paire ont à nouveau fait l'unanimité sous la Boombox, en dépit d'une programmation très tôt dans l'après-midi. Démontrant une fois de plus l'étendue de leurs qualités au fil d'un show de plus en plus carré. Et continuant pieds au plancher sur leur belle lancée.

Plus tard, au même endroit, c'est à Atlanta que nous avions rendez-vous. Father, nouvelle tête de la bouillonnante scène rap du sud des Etats-Unis importait en terres boraines ces sonorités qui nous excitent tant. Un curieux personnage connu pour avoir son propre label (Awful Records) et une langue bien pendue, dont son illustre confrère Future a d'ailleurs déjà fait les frais. Si le paternel n'est pas le plus doué de sa génération, celui-ci assure le coup et dispose de quelques quasi tubes qui nous mettront allègrement en condition, à l'instar de ce "Who's Gonna Get Fucked First?" éloquent. La question est posée.

A l'ombre du Labo, c'est un tandem du cru qui s'ébrouait dans le fracas et l'électricité. Un verbe qui leur sied tant les deux de La Jungle dépense leur énergie sans compter. Avec une guitare épique et une batterie fracassante comme seules armes, les Montois ont déroulé comme d'accoutumée leurs plages instrumentales soniques, provoquant les premiers déhanchés, certes désordonnés, de cette troisième journée.

Sur le coup de 20h, La Femme entrait dans la lumière. A l'aube de publier sa seconde plaque à la rentrée (annoncée pour le 2 septembre), le groupe a pris de l'ampleur et débarquait à Dour avec des épaules de tête d'affiche. Un statut assumé haut-la-main. "Ce soir, la Femme va vous donner du plaisir", lançait en guise d'intro Marlon l'allumé, visiblement fier de sa blague et de sa nouvelle coiffure orangée. En deux pistes à peine, toute la Petite Maison dans la Prairie, pourtant copieusement décorée, se mettait à danser. Et ce, sans discontinuer, tout au long d'un set où les anciennes rengaines implacables ("Sur la Planche", "Nous étions deux", etc.) se sont mêlées aux nouvelles compos avec une déconcertante facilité. De ces dernières, nous retiendrons surtout cette "Myscose" contagieuse et la ballade irrésistible "Où va le monde ?", entêtante et, pour le coup, bien d'actualité.

Quand le soleil se couche, les enfants vont se coucher et le spectacle tend à se débrider. C'est le moment où la Canadienne Peaches peut enfin débarquer et dérouler son show pour public avisé. Habituée des lieux, l'inimitable Merrill Beth Nisker foulait le gazon wallon pour la troisième fois vendredi. Et si ses derniers travaux en date ne sont pas du plus grand intérêt, nous savions qu'en live elle pourrait sans peine nous distraire et nous enthousiasmer. Il n'aura pas fallu longtemps pour descendre sous la ceinture avec un morceau dédiée par l'artiste à son entre-jambes adoré. Un hommage prolongé par les gesticulations explicites de deux sympathiques danseurs déguisés en vagins. C'est beau, c'est fin, ça se mange sans fin...

Mais l'heure tournait et nous avions un autre rendez-vous sous la Cannibal Stage. D'ordinaire dédiée aux rythmes hardcore ou du moins plus musclés, elle accueillait dès 22h30 le jeune Hamza, rappeur et belge de surcroît. A la fois nouvelle coqueluche et tête de turc du game noir-jaune-rouge, le emcee de Bockstael défraye la chronique depuis quelques mois. Son ascension fulgurante, ses clips léchés sauce américaine, ses prod' implacables et surtout sa plume délicieusement vulgaire en ont fait un sujet de débat, qui fascine, que l'on aime ou pas. A l'occasion de la sortie de sa seconde mixtape, "Zombie Life", nous l'avions découvert en mode club et nocturne il y a deux semaines à peine sur l'estrade du Bloody Louis. Une prestation efficace mais trop courte qui nous avait donné des envies d'encore. Hier soir, le Bruxellois nous a fait la totale. L'hypnotique "Minimum", le déjà classique "La Mula", l'incontournable "Respect", l'estival "Hola Que Passa" et cette fameuse "Sauce" aux arômes corsés... Le plus récent "Lever du Soleil" aussi, et une ribambelle de nouvelles tracks déjà reprises en cœur par une foule aussi compacte qu'excitée. Un show à l'ambiance électrique traversé de pogos maousse costauds. Certes, nous avions encore quelques réserves, mais, du haut de son mètre soixante, Hamza sait tenir une scène et la retourner, plus question d'en douter.