Musique / Festivals

Pas de round d'observation: cette année, dès son ouverture, jeudi, le festival de Dour était déjà bien en jambes. Le public est là, nombreux, et bien prêt à s'amuser. A croire que la météo des dernières semaines n'a effrayé personne. Pourtant, il est encore bien là, ce gros nuage noir qui semble squatter le ciel du festival.

Sur la Red frequency stage, Daan ouvre les débats, plus crooner que jamais. Le groupe qui l'accompagne est toujours impeccable, complété par un cinquième larron, voix de fausset à la Bee Gees doublant celle de Daan. Vous avez dit disco-glam? Plus agité, sur la scène voisine, Avril ne ménage pas sa peine. Comique à force de s'évertuer à parler en anglais entre les morceaux, le Français prouve en tout cas qu'il a de l'énergie et de solides morceaux à revendre.

Mais le petit événement de ce jeudi était la venue de !!!, auteur d'un deuxième album enthousiasmant. A sept sur scène, les Américains ont une dégaine incroyable, se mettant souvent à trois pour taper sur les fûts. En multipliant les pistes différentes dans une même chanson, !!! prend régulièrement le risque de perdre le public en route, si ce n'était ce groove imparable, servant de fil d'Ariane. Manquait peut-être la petite étincelle pour vraiment faire partir ce concert en vrille. Un bon moment quand même.

Ce ne sera pas le seul. «Rendez-nous la Cannibal (blue stage)», lit-on sur le t-shirt d'un spectateur déçu de ne plus retrouver la scène dédiée au metal. Pas de Fuckin'Pink Rabbit au programme, en effet... On cherche d'ailleurs aussi Mauro. Manque de bol: on se rend compte, un peu tard, que le plan du site a interverti les podiums. Plus loin, on entend hurler sur un beat martial: «Destroy! To me you're nothing!». C'est Terence Fixmer et McCarthy, ex-Nitzer Ebb, qui font un carton. A côté, Louie Vega et son big band sont bien loin de tous ça. De la soul épicée latino, légère, légère. Pas essentiel, mais une bonne respiration quand même, comme ce set des Postmen qui font passer leur reggae comme une lettre à la poste. Entre deux scènes, on croise John Stargasm, de Ghinzu, derniers de la soirée sur la Red frequency stage, à 1h30. «L'avantage de jouer tard, c'est qu'on ne voit plus le nuage noir, qui squatte le ciel.» Qui prend sa revanche: quand Ghinzu entre sur scène (sur «Les Mots Bleus» de Christophe!), un léger crachin s'emmêle. Plus ennuyant, les claviers ont des ratés sur «Blow». Mais il en faut plus pour déstabiliser le combo. Un problème, puis l'autre se règlent. Dour entre les gouttes? On croise les doigts.

© La Libre Belgique 2004